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Contre Ebola, du tabac génétiquement modifié

3 min
À retrouver dans l'émission

Le docteur Kent Brantly remercie Dieu de l’avoir sauvé. Il évoque un « miracle » le fait d’avoir survécu au virus ébola qu’il était allé combattre au Libéria. Cela a beaucoup choqué les milieux sécularistes anglo-saxons : pourquoi Dieu l’aurait-il choisi, lui, abandonnant à leur sort 2 000 Africains, décédés du virus mortel ? En réalité, le jeune médecin-missionnaire doit plus probablement son salut à un médicament, le ZMapp , qui lui a été administré dans l’hôpital d’Atlanta où il avait été rapatrié d’urgence au début du mois d’août. Un traitement à la fois expérimental et très coûteux, qui a aussi sauvé la vie à une missionnaire protestante, Nancy Raitbol. Mais le ZMapp n’est pas efficace à 100 % : un prêtre espagnol, Miguel Pahares, qui avait été rapatrié à Madrid pour subir le même traitement, est décédé récemment.

Mais enfin, ce sérum, coktail composé de trois anticorps monoclonaux fabriqués en laboratoire, provoque une réaction immunitaire qui s’avère, en l’état actuel, la réponse la plus efficace à ébola. Alors qu’un vaccin, même s’il semble, ce matin, avoir enfin été découvert, mettra des semaines avant que le malade infecté produise ses propres anticorps.

Premier problème : le ZMapp, produit par la collaboration de deux laboratoires privés, l’un situé à San Diego, aux Etats-Unis, l’autre, à Toronto, au Canada, n’avait pas obtenu le feu vert des autorités sanitaires nord-américaines . Jusqu’à présent, les essais n’avaient été tentés que sur des singes. Mais l’urgence était telle et le risque de mort si imminent qu’on est passé outre – avec l’accord des patients, bien entendu.

Deuxième problème : l’implication discrète, mais publique, de l’armée américaine dans cette recherche qui a bénéficié du soutien financier de l’Institut national des maladies allergiques et infectieuses (NIAID), mais aussi de l’USAMRIID, l’Institut de recherches médicales de l’Armée américaine pour les maladies infectieuses. Le Pentagone a certainement ses bonnes œuvres, mais il est évident que si l’une de ses agences finance ce projet, c’est qu’il est notamment orienté par des préoccupations militaires : la lutte contre les effets sur ses soldats des armes biologiques.

Enfin, on apprend que le ZMapp est produit par la modification d’une bactérie du tabac , à laquelle on adjoint certains composants génétiques du virus ébola. Le tabac, en effet, est une plante bien disposée à produire des médicaments…

Le médicament anti-ébola est donc triplement non politiquement correct :

Primo, il est utilisé en dépit du fameux « principe de précaution » : on l’a administré à des malades infectés sans avoir eu le temps de mener à bien les tests et études obligatoires. On ne sait rien des effets secondaires. Deuxio, l’implication des militaires. C’est en cherchant des parades aux armes biologiques qu’on est tombé sur l’anti-ébola. Tertio : un miracle génétique qui montre l’efficacité des OGM pour le traitement des maladies graves (cela fait trois décennies qu’on soigne le diabète avec une insuline obtenue par manipulation génétique sur des bactéries…). Mais qui plus est, à partir du tabac, cette drogue interdite dans les lieux publics, y compris sous la forme de cigarette électronique…

Ce matin, on annonce que les essais d’un vaccin se sont montrés concluants sur des singes. Et il existe d’autres pistes pour triompher du virus ébola, notamment la réinjection de plasma sanguin à un malade atteint, prélevé sur d’autre malades, ayant triomphé spontanément de la maladie et développé des anticorps. Ou encore le TKM-ebola produit en ce moment par une société canadienne.

Mais remarquons que l’urgence est telle que ce virus autorise bien des transgressions. Question : la lutte aurait-elle pu avoir lieu, de cette manière et à cette vitesse, en France, malgré notre fameux « principe de précaution » ?

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