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Contre le djihadisme, une guerre culturelle

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Trois générations de djihadistes , celle du fax et de l’Afghanistan, celle des télévisions satellitaires et d’al-Qaïda, enfin, celle qui a ravagé Paris, l’an dernier, que vous décrivez, Gilles Kepel, comme celle du « djihad en rhizome », avec les réseaux sociaux comme le moyen de communication et de recrutement. Le passage du témoin s’effectuant en prison.

C’est donc cette troisième génération que nous affrontons, celle qui s’appuie sur la constitution progressive, dans nos banlieues, d’enclaves régies par la charia, parce qu’elles ont été conquises par les réseaux salafistes. C’est à partir de ces enclaves, de ces territoires perdus de la République, que la 3° génération djihadiste entend nous mener une guerre, « quartier par quartier » nous entraîner dans un processus à la libanaise, où on se mitraille, d’immeuble à immeuble. Les politiques auront porté une bien lourde responsabilité dans la constitution de ces ghettos islamistes, en état de sécession. Droite et gauche confondues, ils en ont confié la gestion aux salafistes, en échange d’un bon portefeuille de voix aux élections, comme le montre Malek Boutih dans son récent rapport.

Il faut lire le témoignage de Fewzi Benhabib, paru il y a quelques temps dans Marianne, intitulé « Saint-Denis : ma ville à l’heure islamiste. « A Saint-Denis, écrit-il, une fracture s’est ouverte que mon expérience algérienne m’empêche d’ignorer. Elle se creuse là, le long des trottoirs, au milieu des rues, et pourtant des citoyens politisés refusent de savoir qu’un projet de société alternatif, obscurantiste et communautariste , ronge le ciment d’une société que nous voulons tous plurielle. » Le salon de coiffure est « mixte » au sens qu’il comporte une salle réservée aux femmes voilées, « à l’abri des regards ». « Ici, explique, la patronne, contrairement à Oran, les musulmans vont au bout de leur foi. »

L’idée de « territoires libérés », échappant à la juridiction de l’Etat et contrôlés par un contre-pouvoir est aussi vieille que la guerre de guérilla, mais Facebook, Twitter et les cours de djihad en ligne, eux, sont des nouveautés. Vous le montrez, la première vague djihadiste a été défaite, parce que les « darons », ces pères de familles algériens, ont refusé de les abriter. Ils n’étaient pas « comme des poissons dans l’eau », mais échoués sur le sol et ainsi faciles à identifier et à mettre hors d’état de nuire.

Shariah for France
Shariah for France Crédits : 4 France - Radio France

Et aujourd’hui ? Le style de vie occidental, avec ses libertés et ses droits individuels, son insistance sur l’égalité entre les sexes, sa tolérance envers les homosexuels , est considéré comme abominable et « mécréant » par une fraction importante des jeunes générations issues de l’immigration, ainsi que par nombre de convertis. Aux yeux de beaucoup, ces libertés chèrement conquises passent pour la confirmation que l’Europe est décadente et donc vulnérable.

L’école , qui pouvait opposer le discours de la rationalité aux prêches fanatiques, perd de plus en plus en puissance, à mesure qu’elle cesse de garantir une intégration professionnelle réussie. L’incapacité de notre économie à créer suffisamment d’emplois et le contre-modèle de l’économie parallèle minent la confiance envers notre modèle de société.

Houellebecq a raison : si tout ce que nous avons à opposer à l’appel à se prosterner devant Dieu est le nihilisme consumériste du « dernier homme » nietzschéen, nous serons certainement vaincus. Le combat se livrera de plus en plus dans les têtes et les cœurs.

Ou bien, l’Europe saura défendre son modèle, issu des Lumières, contre le fanatisme ressuscité dans une version nouvelle et plus violemment intolérante que toutes celles que nous avons connues autrefois ou bien nous serons emportés à notre tour dans le tourbillon de ressentiment archaïque qui balaie aujourd'hui le Moyen Orient. C’est pourquoi le temps n’est plus au relativisme, encore moins à la haine de soi, mais à l’affirmation tranquille des valeurs et des modes de vie qui ont fait de nos sociétés ce qu’elles sont encore : pacifiques et relativement prospères, ouvertes à la critique et à l’innovation, parce que tolérantes, et favorisant le progrès humain.

Une lutte d’influence est donc engagée sur notre propre sol. Elle doit mobiliser les enseignants – et les journalistes – au moins autant que les policiers. Car c’est d’abord une guerre culturelle qui est engagée – entre les Lumières et le plus ténébreux des obscurantismes.

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