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Corée du Nord, terrifiant anachronisme

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« A la suite de la mort de Kim-Il-sung en 1994 et de la dramatique famine des années suivantes (600 000 morts, soit près de 4 % de sa population), de « bons esprits » n’ont cessé d’annoncer l’effondrement du régime. Il est toujours là. » C’est ce qu’écrivait l’excellent journaliste du Monde et historien du Japon, Philippe Pons, dans la revue Le débat en janvier 2009. Six ans plus tard, on pourrait réécrire exactement la même phrase en remplaçant le nom du fondateur de la dynastie rouge nord-coréenne par celui de son fils Kim Jong-il. A chaque remplacement du « cher leader », on se dit que le régime ne peut que s’effondrer et cependant, il dure depuis 70 ans .

La survie d’un Etat aussi aberrant que cette monarchie nationale-communiste, dirigé par une famille qui fait l’objet d’un culte digne des fondateurs de secte, est un mystère. Parce que son échec économique est évident, complet, absolu. Le niveau de vie de l’Allemagne communiste était trois fois inférieur à celui de l’Allemagne démocratique au moment de la réunification. Celui de la Corée du Nord est estimé entre 15 et 40 fois inférieur à celui de la Corée du Sud . Le régime a un intérêt vital à ce que cette réalité demeure inconnue de la population qu’il contrôle et d’après Andreï Lankov, auteur de nombreux livres sur la Corée, c’est la raison pour laquelle ce pays a renoncé à prendre la voie des réformes qui ont si bien réussi à la Chine et au Vietnam.

Dans l’article que je mentionnais de Philipe Pons, l’espoir d’une telle « mue » était encore agité. Pons constatait les conséquences de la politique « d’ajustement » mise en œuvre par le régime en 2002. L’Etat totalitaire ayant rompu sa part du contrat social – assurer, par un système de rationnement très strict, le minimum vital à la population à travers un système de coupons d’approvisionnement – le régime avait dû tolérer l’existence d’une économie parallèle privée . « Sur les ruines de l’économie planifiée », écrivait-il se développait « un marché par défaut, devenu le rouage essentiel d’approvisionnement de la population ».

La monnaie avait fait son retour dans les échanges individuels, alors qu’autrefois, « les travailleurs recevaient l’essentiel de leur salaire sous forme de ration ». Mais citant ce que Gordon White disait au sujet de la Chine, il mettait en garde contre les illusions de libéralisation : « Laisser jusqu’à un certain point la bride sur le cou au marché dans le cadre d’une économie socialiste revient à chevaucher le tigre ». Et il concluait que les mini-réformes économiques concédées par le régime n’étaient destinées qu’à lui donner un peu d’air, et que « l’orthodoxie socialiste » ne pouvait être remise en cause sans que, contrairement à la l’évolution de la Chine, le pouvoir du Parti communiste ne soit emporté.

Dans un article publié par la revue américaine Foreign Affairs, Andreï Lankov, déjà cité, écrit : « Pour survivre l’Etat nord-coréen n’aura d’autre choix que de demeurer ce qu’il est – une dictature anachronique, armée de l’arme nucléaire, dont la population vit dans une pauvreté abjecte. »

Alors que toutes les anciennes dictatures voisines, de la Chine au Vietnam, en passant par la Birmanie se libéralisent en s’intégrant progressivement dans les courants de la mondialisation, il semble que seule, la Corée du Nord demeure figée dans sa paranoïa . Est-ce la présence de l’ennemi sudiste, envahi en 1950, au risque de provoquer une 3° guerre mondiale ? Est-ce le « syndrome de Stockholm », que vous évoquez et qui fait que le peuple coréen serait « épris de ses tortionnaires » et que – je vous cite encore, Pascal dayez-Burgeon, « fascinés et dépendants, les Coréens en redemandent ». Est-ce parce que le reste du monde a d’autres chats à fouetter et que, comme le prétendent les Kim, « si Saddam Hussein avait eu la bombe atomique et Kadhafi n’avait pas renoncé à l’acquérir », ces deux-là seraient probablement encore au pouvoir, eux ou leurs fils… ?

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