LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Coup d'arrêt au Mali

3 min
À retrouver dans l'émission

Depuis l’irruption des miliciens islamistes et/ou touaregs au Nord Mali, il y a neuf mois, la question d’une intervention française est posée. L’Europe redoute, en effet, la constitution d’un nouvel Afghanistan à ses portes or le groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique, dispose là d’une base extrêmement menaçante . Nos collègues européens estiment que c’est à la France, ancienne puissance coloniale, qu’il revient d’épauler un gouvernement malien très affaibli pour défendre l’intégrité de son territoire. Mais notre gouvernement, qui a bien d’autres chats à fouetter, aurait sans doute préféré repousser cette échéance de plusieurs mois – le temps que la CEDEAO, la Communauté économique des Etats de l’ouest africain, qui a été chargée de sécuriser la zone par les Nations-Unies – se mobilise. Ou que les négociations entre le gouvernement malien et les islamistes, via le Burkina Faso, aboutissent à un compromis.

Devant la résolution manifestée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a autorisé le 20 décembre le déploiement d’une force internationale au Mai, pour en déloger les islamistes, Ansar Dine , le principal d’entre ces groupes, semblait donner des gages de modération. Le groupe se disait prêt à renoncer à l’indépendance de l’Azawad, le Nord du Mali, à condition de pouvoir continuer à y faire régner sa version, particulièrement moyenâgeuse de la charia (amputation de la main aux voleurs, punition par le fouet pour le péché d’adultère, destruction des mausolées de Tombouctou, etc.). Ansar Dine affirmait se contenter d’une « large autonomie dans le cadre d’un Etat refondé du Mali, se démarquant sans ambiguïté de la laïcité . » « Il faut que le caractère islamique du Mali soit proclamé solennellement dans la Constitution », poursuivait le document remis au président burkinabé Blaise Campaoré.

Mais le groupe a soudain renoncé à ce dialogue et s’en est suivie sa soudaine offensive en direction du Sud, la prise de Konna, qui mettait en danger la ville de Mopti. Cette poussée irréfléchie mettait la France dans l’obligation de voler au secours d’un Etat malien affaibli.

Première question : pourquoi les islamistes d’Ansar Dine ont-il cru pouvoir pousser un cran trop loin leur avantage ? Est-ce en raison de la concurrence entre ces groupes armés, au Nord. S’ils ressortissent tous, plus ou moins, de l’islamisme mafieux , il semble que le MNLA, qui a proclamé l’indépendance de « l’Azawad » défende des revendications assez précises, ce qui a semblé faire de lui un interlocuteur possible tandis que les djihadistes de Al-Qaïda au Maghreb Islamique, qui rêvent d’un vaste califat, soient plus dangereux. Sans oublier le MUJAO, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’ouest, qui menace explicitement l’Algérie de ses « kamikazes ».

Le président Hollande a donc décidé de donner un coup d’arrêt à la conquête du Mali par les islamistes. Sa fermeté rappelle celle de Sarkozy, faisant donner notre aviation pour sauver Benghazi. Le Niger, le Burkina Faso et le Sénégal vont, à leur tour, déployer des troupes. Mais l’immensité du Nord Mali permet-elle à des armées régulières d’aller déloger des groupes armés dangereux, parce qu’armés dans les stocks de Kadhafi, où nombre ses ces combattants ont servi comme mercenaires ? Il vaudrait la peine de se demander pourquoi l’Arabie saoudite et le Qatar, ont cru bon de faire couler à flot l’argent wahhabite sur ces dangereux militants du djihad qu’il nous faut, à présent, aller déloger ? Enfin, la vraie question, c’est celle de la capacité de l’Etat malien à retrouver son unité et son autorité . Car c’est à Bamako et non à Paris que se décide l’avenir du Mali.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......