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Crèches en mairie

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Après le Tribunal administratif de Nantes, qui a exigé le démontage de la crèche, installée au Conseil général de Vendée, c’est donc au tour du maire de Béziers, Robert Ménard, d’être prié de déménager la sienne, par le préfet de l’Hérault. Certes, l’article 28 de la Loi de 1905 est clair et net : il interdit d’imposer des symboles religieux dans les lieux et bâtiments publics , en dehors des cimetières et des lieux de culte proprement dits. Pourquoi les personnes qui ne croient pas au récit de la Nativité d’un Sauveur, tel que formulé par les Eglises chrétiennes, devraient-elles subir une évocation de cette liturgie qui ne les concerne pas et peut même choquer leurs propres convictions ?

Cette position laïque est défendue par de nombreuses personnes. Lydia Guirous, présidente du Club Future au Féminin, et secrétaire nationale du Parti Radical en charge de la lutte contre les discriminations et des droits des femmes, la développe fort bien : « Aucune dérogation ne peut être tolérée dans l’application du principe de laïcité dans l’espace public, et plus spécialement dans les services publics. » La laïcité, ce n’est certes pas la guerre de l’Etat contre une religion majoritaire, encore moins une tentative de la supplanter – on n’en est plus là. C’est le fait de ne reconnaître à aucune religion un statut privilégié au sein de l’espace public. C’est l’indifférence publique en matière de croyances, le fait de s'abstenir dans un domaine qui ne regarde pas la puissance publique, au nom du pluralisme. De même que l'Etat républicains n'a pas à privilégier une idéologie sur le pla, politique, de mêe, il ne saurait favoriser une croyance.

Autre son de cloche, celui de Claire Bouglé-Leroux, professeur de droit à l’Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines : « c’est un orgueil démesuré qui conduit aujourd’hui nos politiques, ainsi que certains juges eux-mêmes, à vouloir régenter jusqu’à nos traditions et nos rites ancestraux, à se croire les maîtres de nos vies et à décider, sans prudence, vertu nécessaire au juriste. » La crèche est-elle un symbole chrétien, ou une tradition populaire ? interroge une journaliste du Figaro, Eugénie Bastié. Et, en effet, comment distinguer le cultuel du culturel ?

Tous les ans, la mairie d’Avignon déploie une immense crèche dans son péristyle, dans un bâtiment public, donc, sans que cela ait donné lieu à une censure des tribunaux. Mais cette crèche immense, comportant plusieurs dizaines de personnages traditionnels du village provençal, avec ses joueurs de fifres et ses petits métiers, relève de la tradition des santons de Provence. Il s’agit pourtant bien de célébrer Noël, temps fort de la liturgie chrétienne, avec le cycle pascal. Pourquoi une crèche autorisée à Avignon, mais interdite à Béziers ?

L’Eglise catholique se méfie de voir ses fêtes « folklorisées », refoulées du côté de traditions sans contenu, voire absorbées par la sphère marchande, devenues de simples occasions à jour férié. La Révolution française a voulu remplacer les fêtes chrétiennes par des fêtes républicaines, comme elle a voulu remplacer la semaine judéo-chrétienne de 7 jours par le « décadie ». Ca n’a pas marché, ce dont le Concordat de 1802 a tiré la conclusion. Tout en refusant que l’Europe ait des origines chrétiennes, nous n’avons pas renoncé au calendrier chrétien et chômons le lundi de Pâques et même celui de la Pentecôte. D’ailleurs, nous datons l’an 0 de la naissance d’un certain Jésus-Christ, puisque nos calendriers portent l’année 2014. 2014 à partir de quoi ?

Notre laïcité est à géométrie variable. N’est-ce pas, Bertrand Delanoë, maire de Paris, qui organisait des festivités dans les salons de l’Hôtel de Ville, pour célébrer le Ramadan ? Les choses ne seraient-elles pas plus saines si les politiques cherchaient moins visiblement à draguer ici les croyants, les athées ?

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