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Culture : moins 3 %

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François Hollande à Avignon, le 15 juillet dernier : « Le ministre de la culture et le premier ministre, malgré des temps difficiles, des contraintes lourdes, ont obtenu qu’il n’y ait pas de conséquences en termes d’économies supplémentaires sur le budget de la cultur e… »

Dans une interview au quotidien Le Monde lundi dernier, la ministre, Aurélie Filipetti confirme cependant que, pour la première fois depuis des lustres, les crédits de son ministère sont en baisse (environ 3%) et qu’il lui a fallu rendre des arbitrages difficiles. C’est qu’entre-temps, est intervenu ce précoce tournant de la rigueur dont il ne faut pas parler et qui, comme en 1983, doit être considéré comme une simple parenthèse, après laquelle l’argent public, à nouveau pourrait couler à flots…

Mais examinons ces arbitrages, pour tenter de saisir la logique qui y a présidé. Le plus facile, bien sûr, c’est de mettre un terme aux petits « grands travaux » du président sortant. Hélas, à la différence de ceux de ses prédécesseurs – Musée du Quai Branly, pour Chirac, Très Très Grande Bibliothèque, pour Mitterrand… ceux de Sarkozy étaient aussi modestes que la place que la culture tenait en son cœur…. Il n’y avait donc pas beaucoup d’économies à gratter .

Exit donc la Maison de l’histoire de France , dont le concept même sentait le soufre. Refus de crédits au projet d’une nouvelle réplique de la grotte de Lascaux; ce qui provoque une réaction indignée du président de la région Aquitaine, socialiste qui menace d’aller demander au président de la République de désavouer sa ministre. « Les ministres ont des patrons », prévient Alain Rousset. De toute façon, le Centre d’art pariétal Lascaut 4 peut compter sur des financements privés à hauteur de près des ¾ de son budget. La région et le département (la Dordogne) pourraient bien se débrouiller sans l’aide de l’Etat. Abandon du projet de musée de la photographie à l’Hôtel de Nevers . Sacrifiée, la salle de la Comédie française prévue à la Bastille , pour y présenter du théâtre contemporain. Le Centre de réserves du Musée du Louvre, à Cergy-Pontoise , est, lui, revu à la baisse on croit comprendre qu’il n’aura pas d’autre vocation que d’accueillir les œuvres qui ne trouvent pas de place au Louvre. Quant au projet baroque de loger dans Tour Utrillo , rachetée en décembre 2011 par le ministère de la Culture, à Clichy Montfermeil, une réplique de la Villa Médicis pour jeunes créateurs branchés, il est jugé trop coûteux en l’état. Là encore, les élus locaux, qui étaient prêts à mettre la main au portefeuille, sont furieux.

Sauvés, par contre, le Musée des civilisations d’Europe et de Méditerranée de Marseille, ainsi que le transfert des archives nationales à Pierrefitte. La construction de la Philharmonie de Jean Nouvel au Parc de la Villette, un projet déjà bien avancé, est sanctuarisée.

On remarque une attention particulière de la ministre pour la formation artistique , qui passera nécessairement par une stratégie commune avec son collègue de l’Education nationale. C’est une promesse qu’on a déjà beaucoup entendue dans le passé. Nous verrons bien.

Quant à la logique d’ensemble, elle vérifie le théorème fameux : la priorité de la droite, c’est la préservation du patrimoine , la priorité de la gauche, ce sont les arts et les spectacles vivants . Mais la question posée par la dérive du régime d’indemnisation du chômage des intermittents du spectacle, qui coûte chaque année un milliard à l’UNEDIC, reste posée.

Voici pour l’aspect financier des choses. Mais la Culture, en ces temps de révolution numérique , est de moins attachée à des lieux particuliers. Or, internet pose à notre fameuse exception culturelle, un fameux défi. Le vieux projet de « démocratisation de la culture, pour l’heure, il est largement l’œuvre d’internet, et non d’un quelconque ministère. En est-on bien conscient, rue de Valois ?

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