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David Bowie, petit Mod, snob et teigneux

4 min
À retrouver dans l'émission

Laissez-moi vous parler des années de formation de David Jones, né le 8 janvier 1947, un jeune Anglais vivant dans la sinistre banlieue de Bromley, au sud-est de Londres. « Nous étions une famille typique de la classe ouvrière, avec sa vie monotone et rangée. Rien de magique, rien de brillant . Mais à 8 ans, j’ai entendu Little Richard et j’ai su alors que cette vie n’était pas pour moi. Ce fut le déclic, la cassure. » C’est ce que disait Bowie, dans une formidable interview, réalisée par Jean-Daniel Beauvallet, à Londres en juin 1993, pour Les Inrockuptibles.

Parallèlement, son demi-frère, qui se suicidera, l’initie au monde du jazz. Adolescent, il collectionne les albums d’Eric Dolphy, Miles Davis et John Coltrane. « C’était ma façon de m’évader de mon milieu, de pénétrer dans un autre monde, dans lequel aucune place n’avait été réservée pour moi. », dit-il. Ce petit blanc-bec de banlieue voudrait être un Noir. D’où le saxophone , qu’il extorque à son père à l’âge de 14 ans et qu'il n'abandonnera jamais.

Mais ce qui secouait Londres dans les années d’adolescence de David Jones, en faisant l’endroit du monde le plus excitant des années 60, ce n’était pas le jazz, mais ce surgeon inattendu du rock américain, métissé de blues, que jouaient les Stones, les Who, les Kinks et les Animals. A l’époque, le cœur du Swinging London, la tribu la plus électrisante de toutes, c’étaient les mods .

Bowie, époque Mods
Bowie, époque Mods Crédits : Mods - Radio France

Il y a beaucoup de couches superposées dans l’oignon David Bowie, mais je suis prêt à parier que la plus déterminante, c’est celle-ci : David Jones, le petit Mod, snob et teigneux. Comme chez beaucoup d’autodidactes, les années de formation auront été déterminantes. Et même si David Bowie a eu le sentiment de n’être jamais intégré au mouvement, il en a reçu ses impulsions les plus décisives.

« J’allais à Londres pour traîner dans les clubs à la mode, mais je n’y connaissais personne. Je n’osais pas les aborder, je ne savais pas comment les intéresser. J’étais habillé exactement comme eux, mais je regardais le courant depuis la rive. (…) Les mods, j’en suis certain, ne m’ont même jamais remarqué. C’était comme si je n’existais pas », dira encore Bowie à Beauvallet. Tout le futur Bowie est là : en marge de la tendance du moment, il invente sa propre manière , incomparablement plus originale, en ratant son intégration au courant central.

Une chanson raconte cette expérience, c’est The London Boys. « Your flashy clothes are your pride and joy, A London boy, a London boy, You think you’ve had a lot of fun, But you ain’t got nothing, you’re on the run ». Tous les acteurs du mouvement mods, Pete Townsend en tête, ont confessé, ensuite, avoir ressenti en son sein, cette profonde frustration. Le film consacré aux grandes années « mods », Quadrophenia, inspiré de l’album des Who, met en scène cette insatisfaction (I can’t get no…, Brian Jones aussi est un Mod).

Le mouvement mods était fondé sur des injonctions contradictoires : appartenir au groupe le plus valorisé, le plus tendance (let’s join the in-crowd), mais s’y distinguer : être unface , pas un ticket . Quitter la party, à peine arrivé, sur son scooter rutilant de rétroviseurs, parce qu’il y a en a une autre un peu plus loin. Abandonner le style qu’on vient à peine de créer, parce que les autres viennent de l’adopter. Etre dans le courant, mais demeurer unique . Changer sans cesse, en homme pressé, survolté aux amphétamines. Une fuite en avant.

Bowie aura été, malgré lui, fidèle à cet étrange idéal pour le reste de sa vie : la perfection mod, c’est la pointe extrême d’une modernité qui fuit sans cesse à l'horizon , puisque la mode est ce qui se démode. Cela suppose la versatilité et la recherche de l’excellence au sein du meilleur gang, en sachant qu’on n’obtiendra jamais sa reconnaissance. Car l’indifférence dédaigneuse du dandy britannique fait également partie de l’étrange éthique des mods...

Pin Ups, 1973, n’est peut-être pas le meilleur disque de David Bowie, mais c’est celui qui me touche le plus, car le Thin White Duke y avoue sa dette envers les sixties. Les Beatles sont dissous. Il s’apprête à tourner la page, avec Diamond Dogs et surtout Young Americans. Et Bowie sait qu’une nouvelle génération va métamorphoser la pop music il a bien l’intention de jouer enfin les premiers rôles. Mais il n’oublie pas ce qu’il doit aux anciens et il leur rend un ultime hommage. Car oui, les sixties, c’étaient vraiment « The Good Times »…

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