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De la respectabilité du FN 0.2

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À retrouver dans l'émission

Le dernier album de Johnny Hallyday cartonne. Et sur France 2, samedi soir, Hugues Aufray, Serge Lama et Dave chantaient des chansons d’Aznavour… Malgré tous les efforts de Mathieu Conquet pour nous initier à l’électro ! C’est à désespérer.

Plus la France décroche dans le commerce mondial, plus elle dégringole dans les hits-parades internationaux mesurant notre compétitivité ou le niveau de nos élèves, plus elle semble tentée par le sur-place . Dans un monde bousculé comme jamais par les émergents, les robots, la Korean Pop et les entreprises américaines de l’internet, rien ne semble pouvoir changer, en France. La guerre des chefs a repris à droite, avec une ardeur suicidaire pire qu’en 1995. Quant à la gauche, qui n’est pas entièrement remise de la parenthèse ouverte, par François Mitterrand, en 1983, elle se convertit à la social-démocratie avec un siècle de retard…

Ah si, quelque chose a changé dans le paysage politique : Marine Le Pen a succédé à son père Jean-Marie à la tête de la PME familiale. Ce n’est plus le même Front national . Il ne prône plus les reaganomics, mais le contraire : le renforcement de l’Etat et des services publics le protectionnisme douanier, afin de protéger les salariés contre la mondialisation et la fin de l’euro, afin de pouvoir dévaluer la monnaie. Ce FN-là aime bien les Juifs, mais il dénonce « l’occupation » des rues par les musulmans qui y prient.

Ce n’est plus le même Front national, parce que ce n’est plus la même France . Lorsque Jean-Marie Le Pen a créé son mouvement, les Trente Glorieuses n’étaient pas terminées. La société française était structurée par le salariat, la classe ouvrière n’était pas une vue de l’esprit, l’appartenance politique à un camp – droite ou gauche - était souvent d’origine familiale et donnait des repères stables à l’existence.

Aujourd’hui, la « désaffiliation » - selon la formidable expression de Robert Castel - frappe des franges de plus en plus larges de la société. Celle-ci semble avoir perdu son ancienne capacité d’intégration : elle désintègre. Le précariat a remplacé le prolétariat. Les anciens « travailleurs immigrés » ont été rejoints par leurs familles et l’islam est devenu la deuxième religion de l’ancienne « fille aînée de l’Eglise ».

Il y a un « deuxième FN ». Ce FN.02 est étatiste et souverainiste, laïcard et républicain. Il perd du terrain dans les villes, et même en banlieue, mais il progresse au-delà, dans ces villages où les familles ont fui la ville trop chère et la banlieue insécurisante. Ces familles sont étranglées par la hausse des prix de l’essence et des impôts, elles se considèrent comme menacées de déclassement et délaissées par les pouvoirs publics, comme l’a montré Christophe Guilly.

Ses idées progressent – 34 % des sondés par l’Ifop se disent « proches des idées de Marine Le Pen » et 31 % jugent qu’elle a « des solutions pour sortir le pays de la crise ». Pour autant, le FN peut-il provoquer un raz-de-marée aux électoral ? Rien n’est moins sûr. 67 % des sondés n’envisagent « en aucun cas » de voter pour Marine Le Pen aux présidentielles , selon BVA Et seuls, 16 % des électeurs disent vouloir voter pour son parti, l’an prochain, aux municipales. Dans le cadre d’une élection où la liste arrivée en tête emporte la mairie, même sans obtenir la majorité, cela peut gêner considérablement l’UMP. De là à faire imploser l’UMP, afin d’en recueillir l’aile droite, comme le médite les stratèges du FN, il y a de la marge.

Marine Le Pen, qui rêve de participer au pouvoir, peut-elle faire basculer le vieux parti tribunicien, hérité de son père, en parti de gouvernement respectable et gestionnaire, sur le modèle du MSI italien ?

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