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De quoi le vote FN est-il le symptôme ?

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De quoi la victoire du Front national, dimanche, est-elle le symptôme ?

Du discrédit du parti au pouvoir. Deux ans après l’arrivée à l’Elysée d’un président qui avait promis l’inversion rapide de la courbe du chômage et le retour à l’équilibre budgétaire avant la fin de son mandat, les électeurs constatent que le nombre de chômeurs s’est accru de 430 000 nouveaux inscrits à Pôle Emploi que malgré une hausse sans précédents des impôts, la dette publique continue à se creuser de manière inquiétante. Ces élections tombaient mal, après un premier trimestre qui a vu cette croissance caler à 0%, tandis qu’elle est repartie avec vigueur en Grande Bretagne et en Allemagne. François Hollande avait promis de pacifier la société française il l’aura fortement polarisée à l’occasion de réformes de société. Comme lors de l’arrivée au pouvoir de l’Union de la gauche, en 1981, ces premiers échecs, tant sur le front économique que celui des réformes sociétales, ont contraint le pouvoir à une stratégie exactement inverse de rigueur budgétaire et de pause dans les réformes. Mais, comme lors du tournant de 1983, celui qu’incarne Manuel Valls n’est pas réellement assumé. Aussi le cœur de l’électorat de gauche, désorienté, se réfugie dans l’abstention.

De la crise morale d’une droite rattrapée par les « affaires » , et profondément divisée. L’affaire Bygmalion témoigne de la désinvolture de l’ancien président de la république et de son entourage pour les règles qui encadrent le financement des campagnes électorales. Les révélations qui s’accumulent menacent aussi directement le président de l’UMP qui peut difficilement prétendre tout ignorer de la destination des chèques qu’il a signés. La guerre des chefs va très probablement reprendre dans ce parti qui a la mauvaise habitude de faire passer la question du programme après celle de la désignation du leader. Entre parenthèses, le plus mauvais cadeau que pourrait faire le président de la République à l’opposition serait de dissoudre l’Assemblée nationale. On découvrirait alors qu’elle n’a pas de programme.

De la crise de confiance envers la politique . Depuis exactement 40 ans, chaque élection nationale, à une exception, en 2007, s’est traduite par la défaite du parti au pouvoir. Le fameux « syndrome de l’essuie-glaces » témoigne d’une profonde insatisfaction envers l’ensemble d’une classe politique qui, à tort ou à raison, apparaît désormais comme un appendice de l’Etat et non comme la représentation de la société. La politique s’est professionnalisée : une carrière de député commence par le job d’attaché parlementaire. Les plus hauts responsables des partis de gouvernement proviennent du même milieu et souvent de la même Ecole nationale d’administration. Ils n’ont aucune connaissance du monde de l’entreprise. Un cas unique au monde.

De l’usure du système politique bipartisan et des institutions destinées à le perpétuer. Le scrutin majoritaire à deux tours a été conçu pour favoriser le regroupement des partis, à droite et à gauche, en vue de l’affrontement frontal du second tour et de la formation de majorités claires. Il a fait son temps. Le pays est lassé du bipartisme, comme il est lassé du monarchisme républicain, inadaptés l’un et l’autre au XXI° siècle.

De la crise sociale et morale du pays . La paupérisation de couches de plus en plus étendues de la société, le déclassement, la prise de conscience du déclin économique du pays provoquent une sourde colère. Le sentiment se répand que les services publics – en particulier dans le domaine de l’éducation, des transports et de la santé – ne sont plus au niveau, que les prestations ne sont pas au niveau des cotisations.

Je n’ai pas mentionné l’Union européenne, parce que 68 % des électeurs qui ont voté pour les listes du Front national déclarent l’avoir fait en fonction d’enjeux nationaux . Mais elle a sa part de responsabilité, notamment par son impuissance à maîtriser et à réguler l’immigration : cette question a été déterminante pour le vote FN (85 % des électeurs de ce parti le disent).

Qui a voté dimanche pour le Front national ? Les jeunes (30 % des moins de 35 ans), parce que leur entrée dans le monde du travail est très difficile. Les chômeurs (37 % d’entre eux), parce qu’ils se sentent abandonnés et que, dans notre pays, il est très difficile de retrouver un emploi lorsqu’on a perdu le sien. Les ouvriers (43%) parce que la désindutrialisation n’est pas enrayée. Les non-bacheliers (37% parce qu’ils sont voués au chômage ou à la précarité.

Qui dit symptôme dit maladie et traitement. Quels remèdes apporter ?

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