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De Saddam en Daech

3 min
À retrouver dans l'émission

Les historiens qui réfléchissent aux limites de leur discipline n’ont cessé de nous mettre en garde contre notre tendance naturelle à procéder par analogie. Par définition, écrit ainsi Antoine Prost, « il n’y a de science que du général, d’évènements qui se répètent or l’histoire traite d’évènements originaux, de situations singulières, qui ne se rencontrent jamais deux fois strictement identiques . » (Douze leçons d’histoire, p. 152) Héraclite : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. »

Certes, il est possible, en étudiant un processus, de parvenir à un niveau de généralité tel qu’on peut en déduire des lois susceptibles de se vérifier dans le cas d’autres séquences historiques. Ce que fit, par exemple, Raymond Aron, qui admirait Thucydide au point de se référer à ses Guerres du Péloponnèse à propos d’évènements contemporains, comme la guerre froide ou les bombardements américains du Nord-Vietnam.

Hé bien, le moins que l’on puisse dire, à vous lire l’un et l’autre, c’est qu’il était déconseillé de procéder, en Irak, à partir d’analogies, comme l’ont fait les Américains.

Ils sont arrivés dans le pays de Saddam Hussein, en 2003, avec l’idée qu’ils renouvelaient leur victoire de 1945 contre l’Allemagne nazie. Le parti Bass n’était-il pas national ET socialiste ? Totalitaire et belliqueux ? Saddam est un nouvel Hitler, c’est ce que leur répétait Ahmed al-Chalabi, le chef de l’opposition chiite en exil, très écouté à Washington. Pour compléter la victoire militaire d’une victoire politique, il convenait donc de dé-baasiser l’Irak, comme on avait dé-nazifier l’Allemagne, de provoquer la création de partis et d’organiser leur confrontation pacifique par des élections libres. Ensuite, on créerait un Etat irakien nouveau, comme on avait en Allemagne fédérale. L’Irak étant, aux yeux des néo-conservateurs, le pays décisif au Moyen Orient, sa conversion à la démocratie libérale entraînerait, de proche en proche, tous ses voisins. Tous deviendraient de fidèles alliés des Américains…

Mais l’Irak n’est pas l’Allemagne et Saddam n’était pas Hitler . Les phénomènes historiques ne se reproduisent jamais à l’identique. La mise au chômage des administrations et de l’armée du régime défait provoquèrent le chaos, la sécurité n’était plus assurée. La guerre civile ne tarda guère. L’introduction des procédures de la démocratie dans un pays où les seuls repères redevenaient les affiliations religieuses, aboutit à donner le pouvoir à une majorité chiite revancharde, incarnée par Nouri al-Maliki – et à précipiter la minorité sunnite, exaspérée, dans les bras des djihadistes de l’Etat islamique.

Aujourd’hui, la progression du terrifiant « Etat islamique », qui a proclamé le califat et contrôle Mossoul, la 2° ville d’Irak , mais s’étend de part et d’autre de la frontière entre ce pays et la Syrie, semble impossible à arrêter. Cette milice a mis la main sur l’argent de la Banque nationale irakienne, sur des puits de pétrole qu’elle exploite pour un profit estimé à 3 millions de dollars par jour. Elle pratique le racket et l’enlèvement, tient des marchés aux esclaves, torture, mutile et extermine sauvagement ceux qu’elle considère comme des « mécréants ». Les frappes aériennes importantes menées par une coalition surtout américaines ne semblent pas parvenir à arrêter sa progression. Les exploits de ces djihadistes ont attiré dans leurs rangs une dizaine de milliers de combattants étrangers, dont 3 400 en provenance d’Europe.

Quelles sont les analogies qu’il faut éviter si l’on veut espérer faire reculer ces barbares ? Quels sont les précédents dont, au contraire, on pourrait légitimement tirer quelques enseignements utiles ?

Faut-il appliquer le principe : les ennemis de mes ennemis sont mes alliés – comme les Anglo-saxons l’ont fait avec Staline ? Et donc, coordonner les frappes aériennes avec l’action au sol des chiites et des Iraniens, de plus en plus directement impliquée dans la guerre contre Daech ?

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