LE DIRECT

Des accords bilatéraux qui excluent

4 min
À retrouver dans l'émission

Barack Obama a profité de son Discours sur l’état de l’Union, pour annoncer l’ouverture de négociations commerciales entre Européens et Américains. L’objectif ? Un « partenariat global transatlantique en matière de commerce et d’investissement ». Peu importe que les deux parties ne soient pas exactement d’accord sur ce dont il est question les Européens semblent privilégier un accord de libre-échange, les Américains désirent, quant à eux, ajouter à l’accord commercial une dimension politique, portant sur les « valeurs communes ». L’essentiel, c’est le message : si le premier mandat d’Obama a été marqué par une priorité donnée à l’Asie – son fameux « pivot », le second l’est par un désir de se rapprocher des Européens, afin d’affronter ensemble la concurrence chinoise et celle des autres émergents .

Selon José Manuel Barroso, qui s’est mis aussitôt au travail, cet accord de libre-échange euro-atlantique, dont la négociation prendra deux ans, devrait aboutir à la création de la première zone commerciale du monde. UE et USA représentent encore 47 % de la richesse produite dans le monde et un tiers du commerce mondial , mais leurs échanges mutuels ont eu tendance à régresser en termes de parts de marché au cours des premières années du XXI° siècle. Il s’agit donc de les relancer. La négociation ne portera pas tant sur les droits de douane, qui sont légers entre les deux blocs, que sur les normes et les aides publiques : on pense, bien sûr, à l’agriculture, au duel Airbus/Boeing, à notre fameuse exception culturelle, à la chimie, réglementée plus sérieusement en Europe qu’aux Etats-Unis.

Sur le site Project Syndicate, Javier Solana, l’ancien Haut Représentant à la politique étrangère et à la sécurité de l’Union européenne, se réjouit de la perspective d’un tel accord, qu’il juge mutuellement bénéfique. On estime, en effet, qu’il vaudra à chaque partenaire un demi-point de croissance annuelle supplémentaire .

Javier Solana relève que ce type d’accords de libre-échange régionaux s’est multiplié dans le monde, ces dernières années. Les Etats-Unis, en particulier, sont déjà en train d’en finaliser un avec leurs partenaires du Pacifique – Australie, Malaisie, Vietnam, Singapour, Nouvelle-Zélande, Chili, Canada, Mexique, qui entrera en vigueur en 2015 .

Leur but est manifestement de contrer l’essor commercial de la Chine, en créant deux zones de libre-échange complémentaires, côté Pacifique et côté Atlantique.

Ce qui fait dire, sur le même site de Project Syndicate, à Peter Sutherland, ancien commissaire européen à la concurrence et surtout ancien directeur général de l’OMC (de 1993 à 1995) que la multiplication de ces accords commerciaux bilatéraux a pour conséquence un recul général du multilatéralisme . Car si certains Etats se voient reconnaître les conditions de « la nation la plus favorisée » pour l’accès au marché intérieur des signataires, cela signifie automatiquement que les autres seront discriminés. Le continent africain, en particulier, risque d'être marginalisé par leur prolifération.

Les mentalités ont beaucoup changé en douze ans. Les farouches dénonciateurs du libre-échange se font plus rares. Tout le monde a pu constater l’enrichissement historique des pays asiatiques et sud-américains qui ont misé sur leur inclusion dans le commerce mondial et la pauvreté dans laquelle s’enfoncent, au contraire, les régions du monde qui en sont tenues à l’écart.

Or, précisément, c’est au nom de ces laisser-pour compte que s’inquiète l’ancien directeur général de l’OMC. Si les accords bilatéraux progressent partout, dit-il, c’est que le Cycle de Doha, qui visait à la conclusion d’accords multilatéraux, s’est enlisé. Il reconnaît l’efficacité de l’OMC en tant qu’organe de règlement des différends commerciaux, mais s’alarme de sa perte de crédit en tant qu’agent de libéralisation du commerce mondial.

Ce matin, dans Les Echos, Zaki Laïdi signe une tribune qui va exactement dans le même sens. Il s’inquiète, en outre, de voir l’Union Européenne se voir imposer des normes et des standards déjà négociés par les Américains avec leurs partenaires de la zone Pacifiqu e.

Ce recul du multilatéralisme, cet enlisement du cycle de Doha et cette marginalisation de l’OMC, les considérez-vous, Pascal Lamy, comme des échecs personnels ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......