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Des affaires en démocratie

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Les anciens considéraient, comme Montesquieu, que le principe associé à la République était la vertu , comme le sentiment de l’honneur était lié au fonctionnement même des régimes monarchiques et aristocratiques. Par-là, Montesquieu, comme Rousseau d’ailleurs, entendait quoi ? Un désir profond d’égalité et des habitudes de frugalité , le refus de la pompe et un certain mépris du confort et de l’argent. Or, après lui, Tocqueville a montré que cette vertu à la romaine, celle du soldat-paysan, patriote et désintéressé, était en porte-à-faux avec les mœurs des sociétés démocratiques modernes ; celles-ci valorisent, au contraire, une certaine douceur de vivre, le goût du confort domestique et un rapport à l’argent qui n’est certes pas dicté par le mépris… C’est encore plus vrai dans nos sociétés actuelles. Comme l’écrivait Raymond Aron, « les hommes ne peuvent se donner pour valeur suprême la frugalité dans une économie qui s’efforce de créer l’abondance . » (Démocratie et totalitarisme, Quarto p. 1334)

On a dit, dès les classiques grecs, que la corruption était peut-être le prix à payer pour vivre en démocratie . Plutarque nous montre Périclès achetant les masses athéniennes en versant des indemnités aux spectateurs des théâtres, afin de se débarrasser de son rival, Cimon….

Max Weber, par exemple, estimait que le système représentatif entraîne nécessairement la création d’une classe de « politiciens de métier sans vocation », au milieu desquels « les vrais chefs n’ont pas leur place ». Rompus aux « maquignonnage dans la confection des listes au profit des notables », toujours selon Weber, nos régimes « constitutionnels-pluralistes », comme les nommait Aron, sont, en effet, enclins à la corruption. Mais qu’on ne vienne pas nous dire que les despotismes le sont moins ! On a vu récemment en Tunisie, comment Ben Ali et sa belle-famille avaient fait main-basse sur tout ce que le pays produisait de richesses. Le niveau de corruption de la Russie poutinienne est certes plus élevé que celui des social-démocraties scandinaves...

La démocratie est peut-être un régime qui favorise l’enrichissement des élus, mais elle met en œuvre des procédures qui permettent aussi de le contrôler efficacement : la liberté et le pluralisme des médias, qui favorise la transparence ; la concurrence entre les partis qui permet des alternances (grâce auxquelles les majorités nouvelles font sortir les affaires étouffées par les précédentes) ; et surtout la séparation des pouvoirs, avec l’indépendance de la magistrature.

Yves Mény , l’auteur de La corruption de la République expliquait, il y a vingt ans, que la France était plus vulnérable que d’autres démocraties à la corruption, en raison de l’étroitesse et de l’endogamie de son élite dirigeante et de la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif, qui est l’une des caractéristiques de la V° République. Les affaires, qui se succèdent – Jérôme Cahuzac , ministre du Budget champion des redressements fiscaux, dissimulant à l’étranger une partie de sa fortune Jean-Noël Guérini , président PS du Conseil général des Bouches du Rhône, mis en examen pour complicité d’extorsion avec violence et trafic d’influence Ziad Takieddine , intermédiaire en armement, poursuivi pour corruption d’agents publics étrangers, fraude fiscale et organisation d’insolvabilité, écroué pour avoir cherché à fuir à l’étranger à l’aide d’un passeport diplomatique dominicain – toutes ces « affaires » ébranlent la confiance en la démocratie.

Elles servent objectivement la propagande des partis populistes , qui insinuent que toute la classe politique est « pourrie » et qu’il faut la chasser à coups de balais.

L’affaire Tapie est plus difficile à juger, en l’état actuel du dossier. Et nous essayons d’y voir plus clair ce matin.

Mais je voudrais citer un article plus récent d'Yves Mény : « le problème, en France, est que la plupart des contrôles mis en place le sont de manière réactive, à la suite de scandales, souvent dans l’improvisation, l’urgence étant de livrer en pâture aux médias, quelques mesures destinées à les apaiser … Les gouvernements semblent toujours en retard d’un train et condamnés à la démagogie plus qu’à une remise en ordre sérieuse. »

Il faisait sans doute allusion à un récent Projet de Loi, émanant de la Ministre de la Justice, prévoyant la création d’un Parquet financier national , c’est-à-dire d’un super-procureur spécialisé dans les affaires de corruption, ayant compétence sur l’ensemble du territoire national. L’Union syndicale de la magistrature est vent-debout contre cette initiative, dont elle estime qu’elle doublonnera avec d’autres institutions, telles que les juridictions inter-régionales spécialisées. Qu’en pensez-vous ?

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