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Des chercheurs noyés sous la bureaucratie

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A la fin octobre, deux mois avant la tenue des Assises de la recherche, l’Académie des sciences lançait un véritable pavée dans la mare : « La recherche française souffre de trop de complexité, de trop de papiers à remplir, de trop peu de temps à consacrer à la recherche elle-même », écrivaient nos académiciens, dans un Rapport, adopté à l’unanimité de ses 120 membres présents. Et de s’étonner du gonflement spectaculaire des services administratifs du CNRS, qui auraient crû deux fois plus vite que le nombre des chercheurs proprement dit. Certes, Alain Fuchs, le directeur du CNRS, a répondu vertement à ces accusations de bureaucratisation de l’institution qu’il dirige par une tribune, intitulée « Non, le CNRS n’est pas un mammouth ! »

Reste qu’on entend beaucoup dire, en effet, que le temps de travail des chercheurs est de plus en plus dévoré par le remplissage de dossiers et de questionnaires. Dossiers d’évaluation, questionnaires touffus rendus nécessaires par la recherche de crédits, rapports de toute espèce, bref les tracasseries qu’une administration pléthorique tend généralement à multiplier à loisir - pour justifier ainsi sa propre existence. « L’administration est en train d’étouffer la recherche », a déclaré à cette occasion le chimiste Bernard Meunier, responsable de ce rapport à l’Académie des sciences.

Aussi l’Académie des sciences conseillait-elle de redéployer une partie des moyens financiers engloutis par l’administration centrale en direction des laboratoires et des équipes de recherche.

Cela pouvait passer, selon l’Académie par une fusion de trois bureaucraties existantes (le Haut Conseil de la science et de la technologie, le Conseil Supérieur de la recherche et de la technologie - ou CSRT et Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche - le Cneser) en une seule. Quant à l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur , qui est perçue par de nombreux chercheurs comme une « couche administrative supplémentaire », selon l’expression du Prix Nobel de physique Serge Haroche , l’Académie des sciences proposait sa suppression pure et simple. Par contre, elle recommandait de conserver l’ANR, ainsi que le principe du financement sur projets.

Mais elle ajoutait qu’il convenait de veiller à un meilleur équilibre entre le financement de fonctionnement et les financements sur projets de recherche . Rencontrant là une exigence entendue de la part de nombreux chercheurs, qui se plaignent que la part des fonds dits pérennes – ceux qui sont reconduits avec une certaine automaticité – soit de plus en plus réduite, tandis qu’augmente la part de ceux qu’il faut aller quémander, année après année.

L’Académie qui constate comme tout le monde, la proportion impressionnante de jeunes chercheurs français qui vont se faire embaucher par les laboratoires étrangers , réclamait une revalorisation des rémunérations des jeunes chercheurs. Elle suggérait aussi de favoriser l’accès des titulaires de doctorats dans les grands corps de l’Etat.

Nos académiciens mettaient en garde dans ce termes : « Consolider l’existant, ne rien changer, ou pire faire plaisir à toutes les chapelles qui se sont construites et consolidées au cours des trente dernières années, serait un poison lent, qui condamnerait à la paralysie. . »

Les Assises de la recherche se sont terminées le 27 novembre. Vincent Berger, le président de l’Université Paris-Diderot est en train de mettre la dernière main au rapport de conclusion. La ministre Geneviève Fioraso a promis une grande loi sur la Recherche, inspirée par ce rapport, dont le Projet sera déposé devant le Parlement au cours du premier semestre 2013.

L’Académie des sciences sera-t-elle entendue ? Les chercheurs seront-ils libérés de ces tâches administratives, qui leur dévorent leur temps de travail ?

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