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Des enseignements en concentré

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Que s’est-il passé ? La question des rythmes scolaires semblait l’une des rares à faire l’unanimité . Contre l’état de choses existant. Pas un psychologue, pas un pas un pédagogue, pas un… parent d’élève pour nier l’évidence. La semaine de quatre jours , octroyée au corps enseignant par Xavier Darcos en 2008, cette exception française, est nuisible aux enfants . Elle aggrave la situation créée par un nombre de jours de vacances, dans l’année, bien trop nombreux. Les jours de classe restant disponibles pour les enseignements s’avérant insuffisants, les élèves subissent des horaires de cours quotidiens excessifs. Une forme de torture qui n’est pas sans évoquer le gavage des oies. Ces horaires trop chargés sont extrêmement préjudiciables aux élèves les plus vulnérables , les plus vite fatigués. Ils aggravent le phénomène de « décrochage ». Ils sont l’une des causes majeures des piètres performances de notre système éducatif.

Les enseignements du primaire sont étalés sur 187 jours en moyenne dans les pays de l’OCDE en France, ils sont concentrés sur 144 . Logique : les élèves français ne travaillent que 34 semaines, alors que la moyenne OCDE est de 38, 40 aux Pays-Bas et 42 au Danemark. Cherchez l’erreur. En Allemagne, les vacances d’été durent 6 semaines , à Pâques, une semaine. En Finlande, le système éducatif le plus performant d’Europe, la journée scolaire se termine à 13 heures. Les cours ne durent que 45 minutes, la pause déjeuner 30. Comme dans de nombreux pays d’Europe, l’école reste ouverte l’après-midi, mais elle est consacrée à des activités éducatives ou récréatives extra-scolaires.

Autant dire que la question des rythmes scolaires pouvait être considérée comme la mère des réformes proposées par Vincent Peillon sous le titre générique de « refondation ». Or voilà que les enseignants, que beaucoup de municipalités – même socialistes – renâclent, refusent. Que s’est-il passé ?

Il faut, bien sûr, incriminer le corporatisme des syndicats enseignants , dénoncé par l’ancien président de l’UNEF, Bruno Julliard et qui a provoqué sa démission de votre cabinet. Comme le déclare à Libération le sociologue François Dubet , « pendant longtemps, le monde enseignant a été à la fois corporatiste et réformateur : la défense des intérêts de la profession cohabitait avec la volonté de transformer le système. Cette tradition n’existe plus depuis le milieu des années 80. (…) On est passé à une logique défensive. (…) Désormais, le moindre projets de changement se heurte à des blocage s ».

Mais l’opinion comprendrait mal que des syndicats qui avaient dénoncé à la quasi-unanimité la semaine de 4 jours, lorsque c’était Xavier Darcos qui la leur offrait, s’arc-boutent à présent pour la défense de leur mercredi matin, face à Vincent Peillon.

Mais vous savez, Monsieur le ministre, que lorsqu’on s’attaque à un avantage acquis, il est d’usage d’offrir en échange des compensations . Lorsqu’on demande à des salariés de se lever tôt un jour de plus, dans la semaine, il peut paraître logique de les payer davantage. Or nos enseignants sont mal payés.

Comme l’écrit Nathalie Kosciuszko-Morizet dans Le Figaro d’hier, « la République a passé avec ses enseignants un contrat tacite, il y a de cela plus de 50 ans : « vous aurez des horaires de travail relativement légers… mais vous gagnerez peu. » C’est une sorte d’échange : grandes vacances contre salaires médiocres ». Cet échange est devenu un marché de dupes. D’abord parce que les enseignants travaillent beaucoup sur leur temps libre, et dans des conditions approximatives. (…) Vincent Peillon, à peine nommé, a refusé d’en tenir compte, puisqu’il a fait d’emblée le choix erroné de multiplier les recrutements, alors que la seule chose qui s’imposait était au contraire d’améliorer et de revaloriser les carrières . Il s’en prend aujourd’hui aux obligations de service des enseignants, en leur demandant de travailler trois heures de plus sur une demi-journée. »

D’où ma question : regrettez-vous, Monsieur le ministre, d’avoir préféré réclamer à Bercy l’embauche de professeurs supplémentaires, plutôt que des augmentations de salaires pour les enseignants auxquels vous allez demander de travailler davantage ?

En bonus, mes questions supplémentaires... :

  • Le mercredi libre, c’est un cadeau aux enseignants. Le samedi libre, c’est un cadeau aux parents. Les grandes vacances de 9 semaines, un cadeau aux professionnels du tourisme… Mais l’école n’est-elle pas d’abord destinée aux enfants ?

  • Il est regrettable que l’école, comme tant d’autres de nos institutions, paraisse fonctionner en priorité davantage pour les personnels qui en ont la charge, qu’au bénéfice de ses usagers – les élèves, selon une logique de détournement qu’Ivan Illitch avait fort bien mise en lumière, il y a un quart de siècle. Mais c’est un problème assez général, en France.

  • L’Académie de médecine s’est prononcée de manière très claire sur le sujet : la semaine de 4, 5 jours est l’intérêt de l’enfant. Il est paradoxal que la voix des syndicats d’enseignants soit considérée comme prioritaire.

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