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La dernière chance de la vraie gauche-de-gauche

Des primaires aggraveraient les tares du présidentialisme

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Et la gauche-de-gauche, qui croit pouvoir les utiliser pour renverser Hollande, y ferait la démonstration de sa propre faiblesse.

La dernière chance de la vraie gauche-de-gauche
La dernière chance de la vraie gauche-de-gauche Crédits : La dernière maison sur la gauche - Maxppp

Il est plaisant de voir les esprits qui avaient contesté avec le plus de perspicacité l’idée de primaires à gauche en 2011, les réclamer aujourd’hui avec insistance. Faut-il que leur détestation de François Hollande soit grande pour que les dirigeants d’un courant du Parti socialiste (la motion B, « A gauche pour gagner ») se rallient à l’appel, publié par des personnalités de la gauche critique, le 11 janvier dans Libération. Ces responsables socialistes, appartenant au fameux courant des « frondeurs », ne cachent pas leur véritable intention : profiter de ces primaires pour « faire l’inventaire du quinquennat de François Hollande ».

On comprend bien l’intérêt de ce qui reste des écologistes pour le processus de primaires. Se rallier au candidat arrivé en tête leur permettrait de garder la tête haute sans avoir à oublier leur programme. Si les écologistes maintenus présentaient un candidat, comme en 2012, ils risqueraient à nouveau le ridicule. Eva Joly avait recueilli 2,3 % des voix. Mais s’ils s’effaçaient d’emblée au profit du candidat socialiste, ils décevraient leurs électeurs et cesseraient d’exister politiquement. Les communistes, si on a bien compris, veulent des primaires, mais refusent que le président sortant puisse y participer ; à leurs yeux, il n’est plus de gauche.

Et, en effet, François Hollande croit pouvoir obtenir sa réélection en surfant sur la vague d’aspiration à l’unité nationale qui s’est fait jour dans l’opinion depuis les attentats de janvier et de novembre 2015. Il entend se présenter, oui, mais non pas comme le chef du « peuple de gauche » – qui n’est pas majoritaire dans l’électorat, mais bien plutôt comme le rassembleur du peuple français.

Ce faisant, il se montre davantage fidèle à l’esprit des institutions. Pour le général de Gaulle, le président de la République devait être l’incarnation de la souveraineté populaire, son garant en cas de crise grave ou de menace sur l’intégrité nationale. Un arbitre entre les factions qui se partagent l’opinion et non pas ce qu’il tend à devenir : le véritable chef du gouvernement. Dans les démocraties classiques, c’est le premier ministre, issu de la majorité parlementaire, qui dirige l’action gouvernementale. Pourquoi la France doit-elle avoir un exécutif bicéphale ?

En 2011, un certain nombre d’excellents esprits avaient vivement critiqué l’organisation de primaires socialistes. Leurs arguments restent pertinents. Ainsi, le politologue Rémi Lefebvre, dans son essai Les primaires socialistes, La fin du parti militant, estimait que des primaires favorisaient la personnalisation des élections au détriment du contenu des programmes. La procédure avait aussi le défaut de mettre les candidats sous la dépendance des médias et de leur logique, en encourageant les stratégies de communication, le positionnement à coups de petites phrases. Elles donnaient une importance démesurée aux sondages. Enfin, Rémi Lefebvre dénonçait à juste raison le risque de « l’effacement du parti » au profit des communicants professionnels. Bref, les primaires aggravaient tous les maux du système présidentiel.

Aujourd’hui, le même Rémi Lefebvre est devenu le candidat du courant B – celui qui réclame des primaires, donc – au poste de Premier fédéral du Nord. Il a probablement oublié les fortes préventions qu’il avait formulées contre cette procédure, il y cinq ans… L’ironie de l’histoire veut qu’il se présente contre le candidat aubryste. Martine Aubry, en effet, quoique proche des frondeurs, on s’en souvient peut-être, avait finalement rallié la motion de la direction du Parti.

Décidément, l’histoire court plus vite que les appareils politiques. Si 8 Français sur 10, selon les derniers sondages, sont favorables à des primaires – 83 % à droite, 85 % à gauche, selon un sondage Odoxa publié ce week-end par le Parisien, on relève que chez les sympathisants socialistes, c’est Manuel Valls – la bête noire des frondeurs - qui arrive en tête avec 28 % des souhaits, devant François Hollande (26 %) et Emmanuel Macron (16 %). Les frondeurs, d’ailleurs divisés (Benoît Hamon, Pierre Larrouturou Arnaud Montebourg, Marie-Noëlle Lienemann.. qui d’autre encore ?), sont très loin derrière. Dès lors, on peut se poser la question : la vraie gauche-de-gauche a-t-elle vraiment intérêt à l’organisation de ces fameuses primaires ? Ne risquent-elles pas de démontrer combien elle est minoritaire au sein de l’électorat de gauche lui-même ?

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