LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Des prix (électoraux) du gaz et du refus de la concurrence

3 min
À retrouver dans l'émission

La Commission européenne a voulu je cite « un marché intérieur du gaz et de l’électricité, véritablement compétitif, dans lequel chaque consommateur ait le droit de choisir son fournisseur ». Certains pays, comme la Suède ou la Grande-Bretagne, avaient largement anticipé cette ouverture contre laquelle d’autres pays, comme le nôtre, se sont longtemps arc-boutés. En France, l’ouverture forcée à la concurrence dans le domaine énergétique reste assez théorique et elle est mal connue des consommateurs. Beaucoup de nos concitoyens ignorent, par exemple, que EDF et GDF-Suez sont aujourd’hui des entreprises concurrentes et que si GDF a récemment fêté son millionième client dans l’électricité, symétriquement EDF fournit désormais du gaz à près de 600 000 clients résidentiels. Mais dans les faits, la soi-disant ouverture à la concurrence s’est jusqu’à présent limitée à cet échange de clients entre nos deux opérateurs historiques.

Pour expliquer l’incapacité des nouveaux venus à se frayer un chemin, on invoque en général l’immense notoriété auprès des consommateurs des deux anciens monopoles publics. Mais l’argument ne pèse pas lourd : France Télécom aussi était en situation de monopole dans les télécommunications avant la libéralisation. Pourtant SFR et Bouygues se sont rapidement imposés sur ce marché sitôt qu’il a été libéralisé. Direct Energie paraît éprouver de bien plus grandes difficultés à s’imposer face à EDF et GDF-Suez, sans parler du petit Poweo.

Dans ce contexte, la décision du Conseil d’Etat de suspendre le gel des Tarifs Réglementés de Vente de gaz apparaît comme un sérieux coup de pouce donné à la mise en concurrence.

Le gouvernement, en période électorale, avait sans doute d’autres priorités : le sort des quelques un million 500 mille foyers qui sont, dans ce pays, en situation de « précarité énergétique » et qui ont vu leur facture de gaz s’envoler : 60 % de hausse depuis 2005. C’est pourquoi le premier ministre François Fillon avait promis un blocage des tarifs du gaz jusqu’en juillet 2012. Le Conseil d’Etat le lui a donc interdit. François Fillon a promis que la hausse début janvier sera modérée, mais il n’a pu l’empêcher.

Cette affaire rappelle celle qui a secoué, au printemps dernier, le monde des fournisseurs d’électricité : EDF avait alors obtenu du président de la République de pouvoir vendre à ses concurrents l’électricité qu’il produit au tarif fixé par son patron, Henri Proglio : 42 euros le mégawattheure. Or, c’est un prix qui a été fixé de manière à empêcher ses concurrents de dégager la moindre marge et donc de faire une vraie concurrence à EDF. Mais c’est le consommateur qui va payer pour ce verrouillage du marché de l’électricité : la Commission de régulation de l’énergie estime qu’à ce prix, il faut s’attendre à une hausse de 25 à 30 % de la facture d’électricité. D’ailleurs, le blocage électoral des tarifs se paie toujours de spectaculaires hausses post-électorales…

Conforter les anciens monopoles dans leur rente de situation, en bloquant électoralement les tarifs, c’est empêcher qu’à terme une concurrence réelle entre distributeurs entraîne demain une modération de la hausse des prix de l’énergie. En effet, il ne faut pas se faire d’illusions : entre le pic pétrolier, la pression exercée par la Chine et l’Inde, énormes consommateurs, les coûts exigés pour l’extraction du gaz de schiste ou la gazéification souterraine du charbon, les prix de l’énergie ne sont pas prêts de baisser….

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......