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Des régions plus autonomes, donc moins dépendantes de la solidarité nationale.

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Quel est l’échelon probant pour gérer de manière rationnelle et dynamique un pays de taille moyenne, comme le nôtre ? La réponse a été donnée depuis longtemps : le département est une unité territoriale artificielle, dépassée et trop limitée pour compter. Ce qui importe, ce sont les métropoles et les régions qu’elles irriguent, comme l’a démontré Jacques Lévy.

Laurent Davezies le dit : « le système productif s’est rétracté autour des métropoles. » Et il montre aussi que la très forte augmentation des budgets publics et des prélèvements, constaté dans notre pays, a servi principalement à un effort de redistribution très important entre les territoires. Les régions dynamiques paient pour les régions qui peinent à se reconvertir . Ainsi, l’Ile-de-France produit 29% du PIB français, mais n’en consomme que 22 % sous forme de revenus des ménages. Le reste est redistribué. Il n’est plus possible de décrire la région capitale comme le « vampire de la France ». C’est le contraire qui est vrai.

, tL’idéologie de « l’aménagement du territoire » el que nous l’avons connue durant les Trente Glorieuses, visait à une peréquation aussi égalitaire que possible entre les régions. Elle était inspirée par un centralisme autoritaire dont on voit bien qu’il a du plomb dans l’aile. En donnant plus de responsabilités aux régions, en les incitant à se spécialiser, on les incite aussi à compter davantage sur leurs propres forces. On ne peut pas demander toujours plus d’autonomie et toujours davantage de solidarité .

Davezies encore : « Nous sommes arrivés à une situation paradoxale, où des régions qui n’étaient pas équipées pour la mondialisation, et ne comptaient aucune grande entreprise, se portaient mieux en termes de revenus, d’emploi et de démographie. Nous étions dans un système où les wagons roulaient plus vite que la locomotive. Cela ne pouvait plus durer. » (La Croix, 16 mars 2015)

C’est ce qui explique – Davezies encore – la poussée du séparatisme régional , qu’on observe aussi bien en Ecosse et en Catalogne qu’en Lombardie. Et demain, en France ?

Dans La crise qui vient, Laurent Davezies divisait les territoiresen France en 4 cas de figure :

  • une France productive, marchande et dynamique, qui compte pour 36 % de la population ;

  • une France non productive, non marchande, mais pourtant dynamique en termes de revenus, grâce aux pensions de retraite, aux revenus du tourisme, aux salaires publics et aux indemnités de chômage (44% de la population) ;

  • une France productive et marchande, mais en difficulté (c’est celle des bassins industriels vieillis et qui ne parviennent pas à se redéployer) : 8% de la population.

  • enfin, une France non productive, non marchande et en grande difficulté, parce qu’elle ne peut pas compter sur les revenus du tourisme et n’attire pas non plus les retraités ; elle survit avec peine, grâce essentiellement aux revenus sociaux (elle compterait 12 % de la population nationale).

« Les zones d’emploi en difficulté, qu’elles soient marchandes ou non, sont presque toutes situées au nord-est d’une ligne qui relie le Calvados et la Loire. », précise Davezies dans La crise qui vient, (p. 72)

La crise de 2008 a constitué un stress-test pour les régions . Par le jeu des amortisseurs sociaux, les régions non productives ont pu passer le cap. Mais la redistribution a atteint ses limites et l’autonomie va dorénavant signifier la responsabilité. Les élections régionales sont donc d’une grande importance, car c’est aux exécutifs régionaux que va revenir la définition des stratégies de développement. Il faut bien avoir en tête cette évolution, et ne pas laisser passer l’occasion qui nous est donnée de choisir les personnalités les mieux à même de gérer nos régions, les dimanches 6 et 13 du mois prochain.

carte des régions françaises
carte des régions françaises Crédits : carte - Radio France
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