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Détricotée à toute ALUR ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Bien des gens seront d’accord avec vous, Cécile Duflot, quand vous écrivez dans votre livre, De l’intérieur, que le président de la République est l’homme de la synthèse et qu’il « incarne le compromis ». C’est la qualité qui lui a permis de prendre la direction d’un parti socialiste tendanciellement écartelé entre une multiplicité de courants en son sein.

Vous écrivez aussi de François Hollande : « Il n’est pas mou, mais parfois, il est hésitant. Il sait décider, mais il préfère quand la décision vient toute seule ou quand tout le monde l’accepte. » Le problème du président de la République, c’est qu’il a été porté au pouvoir par des aspirations disparates incarnées par des forces politiques qui n’étaient pas d’accord sur l’essentiel . Il a d’abord tenté de faire passer sa ligne politique en louvoyant, en ménageant, au sein même de son gouvernement, ceux qui étaient en désaccord profond avec lui. Cela n’a pas marché. Thomas Legrand, notre collègue de France Inter a écrit, à l’époque de Nicolas Sarkozy un ouvrage intitulé « Ce n’est rien qu’un président qui nous fait perdre du temps ». Quelqu’un aurait dû publier, cette année, « C’est un président qui nous a fait perdre deux ans ».

Deux ans, parce que c’est à peu près le temps qu’il a fallu pour que la ligne défendue mais non pas clairement assumée, se précise et qu’elle s’incarne dans la personne d’un nouveau premier ministre, Manuel Valls. Quelques mois supplémentaires pour que soient écartés les derniers adversaires de la politique choisie. Et c’est maintenant seulement qu’on peut espérer qu’elle va enfin pouvoir être mise en œuvre – cavec la nomination d’Emmanuel Macron à Bercy.

Entretemps, aucun des objectifs fixés par François Hollande n’aura été atteint : la croissance n’a pas été relancée. Elle s’est traînée à 0,3 %, l’an dernier. Elle a été nulle aux premier et deuxième trimestres de cette année. Le chômage progresse inexorablement, il frappe 10,2 % de la population. Et malgré une hausse continuelle du niveau des prélèvements obligatoires entamée lors du précédent quinquennat, l’Etat se montre incapable d’atteindre l’objectif d’un déficit des Finances Publiques de 3 % du PIB. Nous sommes à 4 %, cette année et nous le serons encore l’année prochaine. Parler, comme vous le faites, de « politique d’austérité » à ce propos ferait bien rire nos amis allemands , qui ont présenté, hier, pour 2015, un budget en parfait équilibre. Et que ça n’empêche pas de réaliser des performances économiques enviables….

En réalité, l’Etat français ne parvient à payer ses factures qu’en empruntant, en moyenne, un milliard d’euro par jour ouvrable, comme le martèle François Bayrou. Notre dette publique accumulée atteint les 2 000 milliards d’euros et il est irresponsable de laisser croire qu’elle ne sera jamais payée : la France n’est pas l’Argentine.

Mais de ces échecs, dont tout le monde devrait espérer que la clarification amorcée en ce moment triomphera, parce que c’est l’intérêt du pays, vous avez votre part en tant qu’ancienne ministre du Logement.

Cette année, on construira en France moins de 300 000 logements, quand il en faudrait au moins 500 000 . L’apathie du secteur immobilier aurait coûté, selon Matignon, un demi-point de croissance à notre pays.

François Vidal, directeur délégué du quotidien Les Echos écrit sur son blog : « Cécile Duflot peut postuler au titre de pire ministre du Logement de la V° République. Les lois immobilières ont une durée de vie limitée, mais pour qu’elles soient détricotées, il faut en général attendre quelques années. Un délai de décence. La loi ALUR, dont la patronne des Verts est l’inspiratrice échappe aux lois du genre. Son impact promet d’être tellement désastreux que le gouvernement n’a pas attendu que l’encre de ses décrets soit sèche pour chercher à en corriger les effets les plus toxiques. Il faut dire que l’heure est grave. Le secteur du logement est comme vitrifié, tandis que celui de la construction est en perdition . »

Pour Michel Sapin, « Le cœur de la trop faible croissance, c’est ce qui se passe dans le logement. »

Vous me direz que c’est Les Echos. Alors, je vous citerais Gérard Collomb , maire de Lyon et chef de file du Pôle des réformateurs qui, au sein du PS, soutient la ligne Hollande-Valls contre les « frondeurs ». A la question « Que répondez-vous à Cécile Duflot ? » Sa réponse : « Si j’avais été ministre et si j’avais subitement constaté un effondrement de la construction, j’aurais plutôt consacré mon livre à essayer de comprendre pourquoi. »

Le logement, la construction, ce n’est pas rien dans l’économie du pays. Il n’occupe que douze pages dans votre livre. Quelle part de responsabilité personnelle assumez-vous dans le bilan d’échec que vous faites vous-mêmes. dans votre livre ?

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