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Diplomatie climatique

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Il faut cesser de rêver à une décroissance qui, même en Europe, n’est acceptée que par une petite minorité. Dans les pays émergents, on ne voit dans ce slogan qu’une ruse des riches nations post-industrielles, cherchant à protéger leur avance de concurrents en rapide rattrapage. Personne n’est prêt à renoncer au développement. La demande d’énergie ne va donc pas faiblir.

Pourtant, il faut écouter les spécialistes de l’environnement qui, comme Johan Rockström, nous avertissent qu’en épuisant les ressources naturelles, appauvrissant la biodiversité et en polluant les eaux et l’atmosphère, nous sommes « en train de pousser la planète au-delà de ses limites naturelles ». De son côté, le GIEC estime que si l’humanité entend limiter le réchauffement à 2 degrés supplémentaires au cours du XXI° siècle, il nous faut réduire d'ici 2050 de 40 à 70% nos émissions de Gaz à Effet de Serre alors qu'elles ont augmenté d'un tiers entre 2000 et 2010.

Une inversion de tendance est en cours : l’année dernière, pour la première fois depuis les débuts de la révolution industrielle, les émissions totales de CO² du secteur énergétique n’ont pas augmenté. Même celles de la Chine, de loin le plus grand pollueur du monde, puisque ce pays est responsable de 25 % des émissions totales, contre 12 % pour les Etats-Unis et 9% seulement pour notre Union européenne.

Récemment, les présidents de trois régions du monde développé, le premier ministre du Québec, le président du Pays basque et le premier ministre de l’Australie ont publié ensemble une tribune sur le site Project Syndicate. Ils y affirment que « chacune de leur région a réduit ses émissions de CO² au niveau de 1990 ou en deçà, tandis que, dans le même temps, leurs économies avaient plus que doublé ». Chacun a utilisé un système spécifique et adapté à sa région pour parvenir à ce résultat.

Le Québec a adhéré au marché régional du carbone d’Amérique du Nord, promu par la Californie. Ce système, dit « cap-and-trade », pour plafonnement des émissions et échange des droits à polluer est celui que recommandent, cette semaine, dans The Economist, deux Français, de l’Ecole d’Economie de Toulouse, Christian Gollier et le Prix Nobel Jean Tirole. Le pays basque a misé sur la ville intelligente, en impliquant les municipalités. L’Australie du Sud a misé, bien évidemment sur le solaire : un ménage sur quatre dispose d’un système de fourniture d’électricité d’origine photovoltaïque. Ils lancent un appel aux gouvernements sur le thème : c’est possible, puisque nous l’avons fait. Faites-en autant au niveau national.

C’est, en effet, à ce niveau-là que l’effort de persuasion doit se concentrer, si on veut que la Conférence de Paris ne soit pas un échec, comme l’a été celle de Copenhague, en décembre 2009. Il y a six ans, les Européens ont été marginalisés par la Chine et les Etats-Unis, alors beaucoup moins attentifs que nous aux questions environnementales.

A Durban, en 2011, on a vu l’Europe trouver des points d’accord avec non seulement les petits Etats îliens directement menacés par la montée des océans, regroupés dans l’AOSIS, mais aussi avec plusieurs pays africains sud-américains. Toutefois, un certain nombre de grandes puissances régionales, comme le Brésil et l’Afrique du Sud ont fait montre du même scepticisme que la Chine, l’Inde, la Thaïlande et le Venezuela.

Afin de gagner ces derniers à nos thèses, l’Union européenne mise sur une « diplomatie préventive », qui consiste à tenter de les convaincre de la nécessité de participer effectivement à un programme contraignant de réduction des GES, avant même l’ouverture de la Conférence de Paris. L’effort diplomatique est considérable : l’UE aurait mobilisé 90 000 diplomates pour 3 000 missions de lobbying pro-climat à travers le monde. Je n’ose ironiser sur la formidable consommation de kérosène que vont entraîner tous ces déplacements.

Mais je note qu’on accuse déjà les Français de se résigner d’avance à un compromis au rabais, afin de ne pas apparaître comme les organisateurs d’un nouvel échec. Qu’en est-il ?

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