LE DIRECT

Du pain sur la planche au Moyen Orient

3 min
À retrouver dans l'émission

Renouer avec le monde musulman , gagner les cœurs et les âmes des peuples arabes pour restaurer l’image des Etats-Unis, telles avaient été, on s’en souvient, l’une des priorités du président Obama, après sa première élection, en 2008. Le discours du Caire de juin 2009, fut à l’évidence, l’un des plus importants de cette mandature. Barack Hussein Obama, il faut en convenir, arrivait sur ce terrain avec des arguments. Pourquoi alors cette impression d’échec quatre and plus tard ? Et quel est le chemin qui reste à parcourir durant les quatre prochaines années ?

La diplomatie d’Obama est dictée par la prise en considération des limites de la puissance américaine . Il est vrai que le temps n’est plus où le Moyen Orient attrapait un rhume aussitôt que l’Amérique reniflait, écrit Marwan Muasher dans l’International Herald Tribune. Le temps n’est plus, où les Etats-Unis, en punissant les ennemis et en récompensant les amis, pouvaient obtenir que les Etats de la région se conforment à leurs souhaits, poursuit le vice-président des études au Carnegie Endowment for International Peace. Pourtant, devant l’incapacité du président Obama à empêcher le gouvernement israélien de poursuivre l’implantation de colonies dans les territoires occupés, c’est le risque inverse qui est apparu : que les Américains soient « hors sujet » dans la région, que Washington se montre trop timoré pour exercer son leadership .

Si le bilan est « mitigé », comme l’écrit François Bujon de L’Estaing, dans la Revue des Deux Mondes, il comporte cependant des réussites indéniables. Sur le dossier du nucléaire iranien, Obama aura « gagné du temps » – en particulier, en recourant à une cyber-attaque coordonnée avec Israël qui aurait permis de retarder de deux ans l’accès de Téhéran à l’arme nucléaire. Enfin, c’est Obama et non George W. Bush qui a mis fin à la triste carrière du chef terroriste le plus recherché du monde, Ossama Ben Laden, en allant le débusquer dans son repaire pakistanais . Ce faisant, il a mis en évidence le « double jeu » de cet allié bien étrange de Washington, qui persiste à considérer une partie des talibans afghans comme des alliés…

On lira à ce propos l’analyse très éclairante de l’ancien ambassadeur du Pakistan à Washington, Husain Haqqani , sur le site de l’Hudson Institute. Il lance au président des Etats-Unis, cet avertissement : le retrait prévu des troupes en Afghanistan est prématuré. Obama l’ayant annoncé à l’avance, les talibans ont eu le temps de s’y préparer et ils attendent leur heure. En outre, l’élimination des chefs terroristes au moyen de drones est erronée : elle n’empêche nullement le recrutement et l’entraînement de futurs djihadistes. Les Etats-Unis feraient mieux de se chercher, dans le monde musulman , des alliés partageant leurs valeurs, ajoute Husain Haqqani.

Car s’il est un dossier où les commentaires sont dans l’ensemble élogieux et l’avenir prometteur, c’est celui des printemps arabes . Certes, Obama n’a mieux venir le souffle de la démocratie que n’importe quel autre dirigeant occidental. Mais il a eu la clairvoyance de lâcher Moubarak à temps, en Egypte, et d’assister les Franco-britanniques en Libye. Reste que sa réserve face à l’intervention saoudienne au Bahreïn et l’indécision dont les Etats-Unis semblent faire preuve face à Bachar El Assad, en Syrie , posent question.

Pour faire face au désappointement ressenti actuellement par le monde musulman face à la diplomatie d’Obama au Moyen Orient, recommande leprofesseur John Esposito sur le site britannique RUSI, le président va devoir apprendre à travailler avec des Etats qui sont des partenaires et non des clients , qui sont démocratiques même s’ils sont dirigés par des gouvernements islamistes. Il devra user du soft power : programmes d’éducation, transferts de technologie, aide économique.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......