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Education nationale : premiers pas

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François Hollande, candidat, avait annoncé qu’il ferait de l’Education nationale sa priorité. Il avait promis à des parents d’élèves de plus en plus inquiets face aux rendements décroissant de la machine scolaire et à des enseignants de plus en plus déboussolés, une « réforme globale » et même une « refondation ».

On sait quelle était la tendance durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy : celle d’une autonomie accrue des établissements et d’une autorité renforcée de leurs chefs, dans une logique de mise en concurrence. Le nombre d’enseignants n’est pas le problème, disait-on. C’est leur mobilisation qui n’est pas satisfaisante, d’où l’idée de leur demander de participer à des missions d’encadrement et d’animation en dehors de leurs heures statutaires d’enseignement.

Dans quelles directions s’engage la « refondation » voulue par Hollande et pilotée par Peillon ? Pour l’instant, si on affiche des priorités et un calendrier, il est encore trop tôt pour percevoir les lignes directrices d’une philosophie générale. Comme on sait, la promesse de recruter 60 000 fonctionnaires supplémentaires sur 5 ans, essentiellement enseignants, sera tenue.

Mais le premier chantier qui sera lancé, c’est manifestement celui des rythmes scolaires. Depuis la suppression des cours du samedi matin, réclamée en particulier par les pères divorcés, nos enfants bénéficient d’un trop grand nombre d’heures de cours dispensés sur un faible nombre de jours de classe. Pour cause de vacances trop longues, de jours de congé trop fréquents, l’élève français doit absorber en 144 jours de classe ce que ses collègues européens digèrent en 180 (en moyenne). Aussi a-t-il les journées de travail les plus chargées du continent. Les chronobiologistes spécialisés, comme François Testu, préconisent un maximum de 21 heures de classe par semaine jusqu’en CE2, 22,5 heures du CM2 à la cinquième, 28 heures à partir de la 4°. Aujourd’hui, nos écoliers en font 24 et nos lycéens 28.

Le deuxième sujet sur la table du ministre, lors de ses rencontres avec les syndicats d’enseignants, est encore plus sensible : la formation des enseignants. Eric Maurin a démontré, dans La nouvelle question scolaire, que « une meilleure formation des maîtres est bien une voie d’amélioration du rendement pédagogique ». (230) Mais comment faire en sorte que les futures Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation ne finissent pas dans le discrédit qui a eu raison des anciens IUFM ?

Le nouveau ministre voudrait aussi pouvoir pré-recruter un certain nombre d’enseignants dès la licence, alors que dans le système actuel, nos professeurs passent les concours au niveau du Master, une fois que « la sélection sociale est déjà jouée », dit-il. Il constate aussi que la progression de carrière des professeurs s’arrête trop tôt. D’où l’idée de développer le statut « hors classe », qui permet de payer mieux les enseignants chevronnés, en fin de carrière. Mais cela repose la question, délicate, des évaluations.

Quant au calendrier, il est clair : une phase de concertation qui devra être bouclée avant la fin du mois de juillet, afin de donner lieu à la discussion d’un collectif budgétaire au Parlement dès la rentrée.

Je le disais, les grandes questions restent en suspens : poursuite ou non de l’assouplissement de la carte scolaire ? Aristocratisme scolaire par la sélection d’une élite sur-qualifiée, ou enseignement de masse, visant à faire accéder à l’emploi l’essentiel d’une classe d’âge ? Mise en concurrence des établissements ou homogénéisation ? Les réponses à ces questions viendront après les législatives et il y aura alors, forcément, des déçus et des frustrés parmi les syndicats. Mais la stratégie de François Hollande, c’est la prudence dans les annonces – avec pour corollaire une sortie de l’ambiguïté aussi tardive que possible. Pour en être sorti prématurément sur le dossier de la semaine de 5 jours, Vincent Peillon s’est fait rappeler à l’ordre par le Premier ministre.

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