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Edward Snowden héros de quoi ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Traître ou héros ? La presse américaine se concentre sur la personnalité d’Edward Snowden. Le jeune hacker – il vient de fêter ses 30 ans – qui a raté son bac, est devenu agent de sécurité à l’Université du Maryland, avant de décrocher un poste de technicien informatique à la CIA – LCI avait raison et moi tort : avant de travailler pour la NSA (les Grandes Oreilles de l’Amérique) via une société de services informatiques, Snowden a bien occupé un poste à la CIA -, est-il un défenseur des libertés individuelles , « motivé par le bien public » ? Ou un hacker mégalomane, à la poursuite de la starification ? A moins qu’il ne soit carrément manipulé par tel ou tel service secret étranger : ses révélations ne sont-elles pas intervenues précisément en plein sommet sino-américain, alors que le président Obama recevait à Sunnylands Rancho, le président Xi Jinping, pour lui proposer d’abaisser un peu ses murailles de Chine numériques ? Et les révélations sur l'espionnage dont sont victimes les alliés européens eux-mêmes ne risquent-elles pas de contrarier ou de retarder des négociations pour un grand marché transatlantique qui ne plaisent ni aux Russes, ni aux Chinois ?

Il est vrai que ces « whistleblowers », « dénonciateurs », en québécois et « lanceurs d’alertes » en français parisien, présentent des profils qui intriguent. Courrier International consacre un très bon dossier, cette semaine, à ces hackers surdoués mais libertaires, qui mettent leur science du numérique au service du public. Bradley Manning , qui a détourné 700 000 documents confidentiels, diffusés par WikiLeaks, Aaron Schwartz , mis en accusation pour piratage, après avoir rendu publics des milliers de travaux universitaires, et maintenant Edward Snowden, tous sont représentatifs d’une génération d’Américains qu’anime une extrême méfiance envers ce qu’ils appellent le « government » (l’administration, Washington, le FBI, les impôts...) et le souci de rendre disponibles les logiciels et les données. Ils rentrent difficilement dans nos catégories idéologiques européennes. Car ils sont à la fois libertariens : Edward Snowden a contribué financièrement à la campagne de Ron Paul, lors de la primaire républicaine de 2012, ce qui le classerait très à droite, chez nous et ennemis de l’appropriation privée des licences, ce qui les rapproche de nos gauches. D’ailleurs, Snowden est soutenu à la fois par le gauchiste Michael Moore et par l’ultra-conservateur Glenn Beck. Et il est dénoncé comme un traître à la nation et un danger pour la sécurité des Etats-Unis à la fois par les élus démocrates au Congrès, et par la frange sécuritaire des Républicains, type McCain. Les libertariens américains ne sont pas libertaires européens; ce sont des rebelles hyper-individualistes , et non pas des révolutionnaires socialistes...

Mais la question qu’il se faut se poser n’est pas celle de ces héros traqués pour leurs révélations, c’est celle du rôle exact qu’ils jouent. Ce qu’ils révèlent est-il exact ou non ? Jusqu’à plus ample informé, oui, c’est exact : le gouvernement américain a pris prétexte de la lutte contre le terrorisme pour espionner ses propres citoyens, les gouvernements de pays réputés alliés … Il mêle allègrement l’impératif légitime de sécurité, à l’espionnage économique de ses partenaires et concurrents. Le fait que toutes les grandes entreprises qui ont prospéré sur la Toile, de Google à Facebook, soient américaines a permis aux Etats-Unis de s’introduire dans nos échanges privés.

Le pouvoir accroît généralement ses moyens à l’occasion des grandes crises . Et il les conserve invariablement une fois passée la crise qui leur avait servi de prétexte. Les Etats-Unis se sont servis de la Guerre Froide, hier, de la menace terroriste islamiste aujourd’hui pour espionner leurs propres alliés et les mettre sous surveillance. Nous nous en scandalisons à juste titre.

Mais à part le président du Conseil national des barreaux, maître Charrière-Bournazel, personne ne semble s’inquiéter d’un projet de loi présenté au Parlement par notre gouvernement, qui au nom de la lutte contre la fraude fiscale, donnerait à notre gouvernement un véritable pouvoir inquisitoria l… L’administration serait autorisée y compris à « produire des preuves illicites », c’est-à-dire à violer la loi pour confondre un suspect.

A Washington, comme à Paris, c’est toujours au nom d’une bonne cause, réputée populaire dans l’opinion – là-bas le terrorisme, ici, les fraudeurs du fisc -, que les gouvernements s’attaquent à nos libertés.

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