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Eliminer Daech d'abord

4 min
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Et voilà que les assassins fous de Boko Haram, qui terrorisent le Nord du Nigéria, entendent faire leur jonction avec les exterminateurs nihilistes de l’Etat islamique irako-syrien. Le cauchemar d’un « califat » islamo-fasciste prend forme.

Chaque jour nous apporte l’écho des nouvelles horreurs imaginés par ces djihadistes pour terroriser le monde. Côté Daech, l’immolation par le feu, dans une cage, d’un pilote jordanien capturé, succède aux séances d’égorgements collectifs d’otages. Les trésors archéologiques dont regorgent la vallée de l’Euphrate, berceau de la civilisation, qui auront résisté 3 000 ans à la folie humaine, sont abattus au marteau-pilon. Un autre jour, on apprend que se tiennent, dans des villes irakiennes comme Mossoul, ou syriennes, comme Racca, des marchés aux esclaves réguliers. « Chacun doit se rappeler, proclame un communiqué mis en ligne par le soi-disant Etat islamique, que mettre en esclavage les familles d’infidèles et marier leurs femmes est un aspect fermement établi de la charia, ou loi islamique ». Daech publie régulièrement des analyses quasi-boursières de l’état de ce marché des êtres humains. A l’occasion de la Journée mondiale des droits des femmes, on pouvait s’acheter une petite fille de moins de 10 ans pour 138 euros, contre 35 seulement pour une cinquantenaire...

Un autre jour, la Commission des Nations Unies pour les droits des enfants affirme que ces nihilistes barbares décapitent, crucifient ou enterrent vivant des enfants chrétiens ou yazidis ils en utilisent d’autres comme bombes vivantes, en particulier des déficients mentaux. Cette surenchère dans l’atrocité est telle qu’on finit par se boucher les yeux et les oreilles. N’avons-nous pas juré, après la victoire sur l’Allemagne nazie que nous ne tolérerions « plus jamais ça »… ?

D’où la tentation, chez certains, de reprendre langue avec le principal adversaire des islamistes, le dictateur Bachar el-Assad. Ainsi, fin février, deux députés et deux sénateurs français, ont fait le voyage en Syrie et ont été reçus par notre ennemi déclaré, le maître de Damas… pour être aussitôt recadrés par le Quai d’Orsay, qui affirme que la France n’a pas changé de politique. On comprend mieux pourquoi en vous lisant, Nicolas Hénin : loin d’être le défenseur d’une forme de laïcité face aux extrémistes religieux, le régime syrien, s’il bénéficie de l’abstention des chrétiens, ismaéliens et autre druzes, qui redoutent la vengeance de la majorité sunnite, n’a eu de cesse de faire grossir les rangs des islamistes les plus radicaux, afin de combattre ses vrais ennemis - les démocrates et les progressistes laïcs. Et il se sert de ces monstres, pour se faire valoir auprès de l’opinion publique internationale. Vous citez même des cas flagrants de complicité entre les tueurs du régime et ceux de Daech .

Pourtant, chacun peut faire le constat que la guerre civile syrienne est de celles qui ne peuvent s’achever par la victoire d’un camp contre les autres. Trop de sang a été versé pour que la logique de la vengeance puisse s’apaiser sans pressions extérieures. Et trop d’intérêts et d’influences extérieures antagonistes sont en jeu.

On disait cela aussi, souvenons-nous, de la guerre civile libanaise. Et pourtant, les Accords de Taëf ont mis fin à 14 ans de guerre. Une telle perspective est-elle inimaginable en Syrie ?

Pas nécessairement, car les sponsors extérieurs de la guerre pourraient avoir prochainement de bonnes raisons de rechercher la paix. Le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie , qui soutiennent différentes factions de l’opposition sunnites, prennent peur face à la radicalisation d’islamistes qui pourraient se retourner contre leurs propres régimes.

L’Iran , qui contrôle ses supplétifs libanais du Hezbollah et arme le régime de Bachar, est engagé dans une négociation délicate et décisive avec les Américains sur le nucléaire. Elle a intérêt à démontrer son sens des responsabilités et donc à lâcher son allié de Damas. Mais elle ne le fera, bien sûr, que si ses propres intérêts ne sont pas sacrifiés.

Idem de la Russie de Poutine, autre allié de poids du régime dictatorial syrien : Moscou, qui est aux prises avec une guerre en Ukraine, pâtit sur le plan économique de la chute des cours du pétrole et des sanctions adoptées par les Occidentaux. Si on lui garantit le maintien de sa base militaire de Tartous, sur la Méditerranée, elle pourrait se laisser convaincre de lâcher Assad.

Reste le problème Daech . Pour David C. Litt, qui publie un article dans Foreign Affairs, ce mois-ci, cette internationale djihadiste est profondément étrangère à la Syrie, à son histoire et à sa culture. L’Etat islamique ne saurait participer à quelque négociation de paix que ce soit. Il doit d’abord être défait et chassé. Cette perspective vous semble-t-elle réaliste, vous qui avez été leur otage pendant de longs mois ?

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