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Emplois aidés, emplois bidons ?

3 min
À retrouver dans l'émission

« Je ne serai pas le premier ministre d’une France de deux millions de chômeurs . » Qui a dit cela ? Pierre Mauroy, chef du gouvernement d’un nouveau président de la République qui s’appelait François Mitterrand. C’était il y a juste trente ans et nous en sommes aujourd’hui à trois millions de chômeurs dans ce beau pays, dont le monde envie, paraît-il, le modèle social… Le seul moment de notre histoire récente qui a vu le chômage reculer de manière significative, ce fut autour de l’euphorique année 2000, sous Lionel Jospin. Il est vrai qu’à cette époque, nous flirtions avec les 4 % de croissance. Pour l’an prochain, le gouvernement affiche une prévision de 1,2 %, et la plupart des experts la trouvent encore trop optimistes : le FMI ne nous voit qu’à 0,8…

Ce ne sont pas les premiers ministres qui créent les emplois. Ils n’ont pas de baguette magique. A long terme, ce qu’ils peuvent faire, c’est favoriser une croissance génératrice d’emplois , ainsi que veiller à l’adéquation entre les offres et les formations.

A court terme, ils font hé bien ce qu’on fait tous les premiers ministres depuis Raymond Barre, en 1977 : financer des emplois aidés . Travaux d’utilité collective (cuvée 1984), contrats emploi-solidarité (grand cru 1990), contrats initiative-emploi, contrats emploi consolidé, contrat jeune en entreprise, contrat d’avenir, contrat d’accompagnement dans l’emploi… Les appellations changent - ce qui est toujours le signe d’une embrouille - mais la méthode, elle ne varie guère.

A quoi servent les emplois aidés ? Essentiellement à dégonfler les statistiques, à dissimuler en partie sous le tapis la réalité du chômage de masse, ce cancer qui ronge nos sociétés. Accessoirement, ce sont des amortisseurs sociaux, permettant à des personnes qui avaient perdu tout espoir d’insertion dans la vie professionnelle de tenter d’y revenir par la bande.

Les études sur l’efficacité de ces contrats aidés en termes de retour des bénéficiaires sur le marché du travail ne sont pas nombreuses. Mais celles qui existent vont toutes dans le même sens : autant en entreprises, les contrats aidés conduisent souvent à l’emploi classique autant dans le secteur public et associatif, ils débouchent le plus souvent… sur un autre contrat aidé . Le problème, c’est qu’en entreprises, ils coûtent très cher à la puissance publique… et qu’ils sont parfois détournés de leur objectif d’insertion par des entreprises qui auraient embauché de toute façon ce qu’on appelle un effet d’aubaine.

A la demande de l’Assemblée nationale, la Cour des comptes a rendu, en octobre dernier, un rapport très instructif sur l’efficacité des emplois aidés. Les résultats sont décevants, estiment les Sages de la rue Cambon, qui recommandent de cibler les personnes en ayant le plus besoin et de développer des indicateurs de résultats.

Le dispositif des emplois d’avenir offrira 150 000 contrats aidés supplémentaire . Il correspond à une promesse du candidat François Hollande et ciblera les jeunes des zones urbaines sensibles écartés du marché du travail. Les places seront chères, puisqu’on estime à 800 000 les jeunes sortis de l’école sans qualification, qui pourraient être concernés. Cela permettra peut-être de nous faire redescendre légèrement au-dessous du seuil symbolique des trois millions de chômeurs. Mais il s’agit d’un cautère sur une jambe de bois.

La France a besoin d’une vraie politique de l’emploi et les jeunes de vrais emplois. De ce point de vue, le contrat de génération , qui leur offrira des CDIs semble davantage prometteur. Mais reste une question de fond : plutôt que de multiplier les exonérations de charges pour pousser les entreprises à embaucher, ne vaudrait-il pas mieux les aligner franchement et globalement sur celles que paient les entreprises allemandes, afin de stimuler la compétitivité de notre économie ?

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