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Enrayer le déclin : est-ce encore à notre portée ?

4 min
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Comme chaque fois, nous sommes entrés dans la crise un peu plus tard que les autres pendant un an ou deux, nous avons pu nous bercer de l’illusion qu’elle s’arrêterait aux frontières de l’Hexagone, comme le fameux nuage radioactif. Comment ne pas se croire invulnérables, lorsque The Economist, cet organe du libéralisme anglo-saxon, autrefois si méprisant à notre égard, vantait lui-même nos fameux amortisseurs sociaux ? Amortisseurs ? Parlons plutôt d’édredon. Contrairement à ce que nous croyons savoir, la France est un pays généreux. Nous consacrons le plus fort pourcentage du PIB aux dépenses sociales de toute l’OCDE. Depuis 2006, nous avons dépassé les Suédois, en franchissant le seuil des 28 %, en dessous duquel ils sont retombés eux-mêmes. Nous consacrons à nos retraités 13 % de PIB ces pensions, indépendantes du niveau de la croissance, garantissent un niveau stable de la consommation intérieure. Idem pour le pourcentage élevé de fonctionnaires qui s’avère une bénédiction, lorsque le chômage s’abat sur les revenus des familles.

Mais voilà : pour être tardive, la crise n’en est pas moins là. Et elle joue le rôle d’un révélateur de l’état réel du pays. Nous découvrons soudain que notre croissance est depuis longtemps anémique et qu’elle sera presque inexistante cette année. Que notre commerce extérieur plonge depuis l’année 2003, à une vitesse qui s’accélère, révélant un manque de compétitivité inquiétant. Que la désindustrialisation de régions entières aggrave une situation de l’emploi qui était déjà alarmante. Que les rendements de notre système d’éducation et de formation sont décroissants. Que la santé financière de nos banques est préoccupante. Et surtout, que les marchés, qui ont prêté les yeux fermés à notre Etat durant des décennies de quoi financer le fameux « modèle », se montrent désormais suspicieux quant aux capacités de remboursement…

Après avoir tant clamé que « la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille », nous voici donc sous surveillance, tremblant pour notre « note », comme un mauvais élève. Où est-elle donc, notre fameuse souveraineté, quand notre capacité à emprunter dépend du degré de solidarité que veut bien manifester l’Allemagne ?

Il ne faut plus se faire d’illusions. Le « directoire franco-allemand » en l’Europe est un baume que la diplomatie d’outre-Rhin entretient afin d’apaiser nos blessures narcissiques. Dans l’attelage, aujourd’hui, le président est assis dans le siège du passager et c’est la chancelière qui conduit. C’est elle qui a fixé les règles à Bruxelles, la semaine dernière. Et, quelque soit le locataire de l’Elysée, l’an prochain, il lui faudra bien mettre en œuvre la rigueur budgétaire exigée par Madame Merkel, s’il veut bénéficier de la solidarité financière de l’Allemagne.

Pour la première fois depuis très longtemps, la campagne électorale va se dérouler devant une opinion publique qui est en train de prendre conscience que le pays dégringole. Elle le voit dans la dégradation de ses conditions de vie et dans celle de son portefeuille. Comment expliquer que, dans un pays comme le nôtre, le pouvoir d’achat soit inférieur à la moyenne de la zone euro ? Comment justifier que notre économie, qui représentait 4,1 % du PIB mondial en 1980, ne pèse plus que 2,9 % trente ans plus tard ?

Des candidats aux élections, on attend maintenant un discours de vérité. Et surtout des pistes crédibles pour enrayer la spirale du déclin qui nous aspire. Nous avons su, dans un passé récent, trouver les Mendès-France et les de Gaulle aptes à se montrer à la hauteur de situations au moins aussi critiques. Où trouver leurs équivalents ?

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