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Entre tentation autoritaire et complaisance munichoise

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On lit tellement de choses intelligentes, sur la toile et dans la presse, depuis samedi qu’on ne sait plus où donner de la tête. On a le sentiment que bien des vérités longtemps conservées par devers soi font soudain irruption dans le débat public. L’heure est à l’urgence. La situation réclame la libération de la parole, si possible sans calculs politiciens l’ouverture honnête des discussions longtemps étouffés .

Un premier courant s’inquiète des risques que courent nos libertés . Prenez l’éditorialiste du Guardian, Nick Cohen. Il occupe, au sein de la gauche britannique, une situation originale. Il a suffisamment dénoncé les compromissions avec l’islamisme pour être entendu, lorsqu’il écrit : jusqu’à présent, les réponses au terrorisme, en Europe, ont été modérées et raisonnables. Pas de pogroms anti-musulmans, pas de basculement de nos démocraties vers l’Etat-policier. C’est aussi parce que nombre de tentatives d’attentats, qui auraient pu se révéler sanglants, ont été déjoués à temps. En toute discrétion.

Il est vrai qu’après les attentats de Copenhague et de Paris contre des caricaturistes, on a observé des formes d’autocensure. Mais dans l’ensemble, nos mœurs politiques sont demeurées libérales. Tout pourrait basculer avec les derniers attentats de Paris, estime l’éditorialiste. L’Europe est confrontée à des migrations de grande ampleur et à un islam radical qui risquent de provoquer un désir d’autorité jamais vu. Les gens réclament de la sécurité, physique comme économique . Déjà, des frontières se ferment. Pas seulement aux portes de la Hongrie de Orban, mais dans la très tolérante Suède elle-même. Il y a à présent un poste de contrôle sur le pont, qui relie Copenhague à Malmö…. Du jamais vu.

Même son de cloche, chez Malika Sorel-Sutter, qui vient de publier un réquisitoire contre nos élites gouvernantes, Décomposition française. Dans une interview au Figaro-Vox, elle prévient : « Le danger auquel nous pourrions être un jour confrontés, si l’Etat ne se ressaisit pas, c’est l’avènement d’une situation où les citoyens seraient prêts à cautionner l’instauration d’un régime autoritaire . »

attentats de Paris
attentats de Paris Crédits : Paris - Radio France

Un autre courant nous appelle à brandir les Lumières, à leur rester fidèles. Ainsi, Brendan O’Neill, le rédacteur en chef de Spiked, critique les journalistes anglais, qui suggèrent que la France avait « bien mérité ces attaques ». C’est toujours la même chanson, écrit-il. Au lieu de condamner les terroristes, on leur cherche des excuses – le chômage, les discriminations . Cette condescendance se croit de gauche, mais elle témoigne d’abord d’un racisme inavoué. Très vite, on en vient à chercher les responsabilités de l’Occident, forcément coupable, coupable par essence. Et O’Neill de mettre en cause le jeu pervers entre cette haine de soi de « l’Occident moderne » et « le nihilisme des groupes islamistes ».

Même son de cloche du côté de Haras Rafik, le directeur du think tank britannique Quilliam Foundation. Sur Tweeter, il écrit : « Certains islamistes ont perfectionné l’art de transformer chaque attaque djihadiste en une discussion sur l’islamophobie et l’oppression des Musulmans. Déprimant. »

Pascal Bruckner dans Le Point : « Ils ne nous tuent pas pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes. Nous sommes coupables de vivre dans des sociétés libres et égalitaires. (…) Tolérer l’Occident, ce serait pactiser avec les progrès de la raison, du libre examen, de l’individualisme (…) et surtout l’émancipation des femmes . » Cette modernité honnie, cette « humanité pécheresse », les djihadistes entendent la « purifier » dans « un grand bain de sang ». Ce nihilisme apocalyptique, poursuit Bruckner, rappelle le fascisme. Il préfère la mort. Viva la muerte….

Pour Kamel Daoud aussi, « l’islamisme est un fascisme », un « totalitarisme sournois ». « Il ne défend pas Dieu, il veut le remplacer. » Mais, prévient l’écrivain algérien, détruire Daech ne signifie pas en finir avec le terrorisme islamiste. Celui-ci renaîtra ailleurs demain.

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