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Eradiquer la pauvreté

3 min
À retrouver dans l'émission

Bienvenue à Behren, ancienne cité minière, qui a été élue « la ville la plus pauvre de France » et qu’arpente dans les colonnes du bimestriel Article 11, Jean-Baptiste Bernard.

Un mot d’Article 11 : c’est une revue de critique sociale de tendance situationniste très sympa – voyez l’étendue de mes lectures !

Le revenu moyen par foyer à Behren-les-Forbach est de 13 073 Euros par an, 87 % des logements sont des logements sociaux, 55 % des habitants de plus de 15 ans n’ont aucun diplôme, ils zonent en bas des tours, rackettent les rares clients du supermarché, brûlent parfois des voitures pour attirer l’attention de la municipalité. Kamel, qui tient une baraque à frites explique : « La seule chose que la ville a fait pour ces jeunes, c’est de leur fournir des emplois plus ou moins bidons . La précédente municipalité a engagé plein d’animateurs ou de médiateurs, sans même demander aux concernés de pointer réellement. Résultat : les jeunes savent que leur seul espoir tient dans un emploi bidon pour la ville. Tu crois que c’est un avenir, ça ? » « A Bahren, la vie est foutue », résume Wafa, « qui tient une petite boucherie-épicerie arabe et vivote difficilement ».

Rencontre de Dominico, ancien mineur, décrit comme « un habitant effrayé et amer ». « Moi, je suis retraité, je n’embête personne. Je vis de rien, 1 300 euros pour ma femme et pour moi. Je n’avais que ces deux voitures et on me les a brûlées. Il y a toute une bande de jeunes, ils sont des milliers. Moi, la prochaine élection, je vote Hitler… » Djamel, retraité algérien de 60 ans, dit « comprendre ceux qui votent pour Le Pen ».

Les seuls à faire encore tourner la ville, ce sont, en effet, ces retraités des Houillères. Ils jouissent de logements gratuits, ils dépensent sur place le peu d’argent de leurs pensions de retraite mais ils meurent les uns après les autres. Du coup, la vieille cité minière qui a vu arriver d’abord les Italiens, puis les Algériens, enfin les Marocains, se dépeuple. L’ancien maire avait bataillé dur pour obtenir la création d’une zone franche urbaine et une Technopôle. Beau succès : 5 000 emplois ont été créés grâce à ce système qui permet aux employeurs d’être dispensés de nombreuses charges sociales. Mais les habitants déchantent : à peine 3 % de ces emplois ont bénéficié à des habitants.

Quel avenir lorsque l’emploi a fui ? Espérons pour Behren. Une convention de rénovation urbaine a enfin été signée le 8 juin de l’an dernier. On va leur remplacer leurs vieilles barres délabrées par des jolis immeubles neufs.

On l’a dit, l’entrée dans la pauvreté coïncide souvent avec des difficultés familiales. Mais les géographes ont également attiré l’attention sur un déplacement de la pauvreté, des villes et des banlieues, vers les campagnes – le périurbain et le rural les économistes nous ont montré un autre déplacement de la pauvreté, des retraités vers les jeunes actifs. En effet, on assiste à la montée du phénomène des « travailleurs pauvres ». Comme l’écrivent Christophe Guilluy et Christophe Noyé , « une nouvelle fracture se dessine au cœur du monde du travail, entre un travail intégrateur à l’ancienne et un travail précaire qui enferme les salariés dans la spirale de la régression sociale » (Atlas des nouvelles fractures sociales ). La moitié des pauvres ont un emploi, mais travaillent en général à temps partiel, reçoivent peu de prestations, souvent parce qu’ils ne réclament pas celles auxquelles ils ont droit. Beaucoup alternent les périodes d’activité et de longues et éprouvantes périodes de chômage. Mais la pauvreté se concentre principalement sur les familles nombreuses et sur les familles monoparentales . Une famille monoparentale sur trois vit au-dessous du seuil de pauvreté. 34 % des couples élevant quatre enfants ou plus est dans la même situation. (Voir Denis Clerc : La paupérisation des Français , Armand Colin)

Que faire ? Martin Hirsch faisait récemment observer que « l’une des caractéristiques de la France, c’est que les dépenses sociales y ont augmenté sans ne baisse sensiblement la pauvreté ». « Le rendement de la dépense sociale est de plus en plus faible. » (préface à « Eliminer la pauvreté » de Julien Damon , PUF) C’est évident, lorsqu’on réalise que notre pays est, d’après Eurostat, le pays d’Europe qui consacre le plus fort pourcentage de son PIB aux dépenses de protection sociale : 30,5 % contre 29,6 % en Suède. Il semble que cet effort financier ne porte pas les fruits qu’on serait en droit d’attendre. Car la pauvreté, loin de reculer, a recommencé à progresser dans notre pays depuis 2004. 14 % de nos concitoyens sont touchés par ce fléau.

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