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Ere nouvelle ou simple parenthèse ?

4 min
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La France a vécu, paraît-il, une « semaine historique ». Des terroristes ont assassiné 17 personnes des caricaturistes, des journalistes, des Juifs et des policiers. Quatre millions de Français ont fait barrage de leur corps autour d’un organe de presse satirique menacé. Une nation que l’on décrivait comme en déclin a montré qu’elle savait faire preuve de courage et même de fierté. Un pays qu’un roman de science-fiction décrit comme prêt à se « soumettre » pour avoir la paix, a montré une capacité de résistance qui étonne le monde. Si la crainte de l’avenir engendre la peur du monde tel qu’il va, le repli sur soi, le courage collectif retrouvé a peut-être rendu à notre nation un peu de confiance en son avenir . Non, nous n’avons pas peur. Non, nous ne soumettons pas. On a vu, pour la première fois depuis la victoire de 1918, l’Assemblée nationale, unanime, entonner en chœur l’hymne national les chamailleries politiciennes cesser les dirigeants de l’Etat renoncer à tirer à eux la couverture, pour remplir efficacement et dignement leurs fonctions.

De Charlie Hebdo, on disait, hier encore, que ses caricatures étaient de mauvais goût, inopportunes et provocatrices. Or, depuis l’attentat qui a visé ce journal et décimé son équipe rédactionnelle, nombre de débats, considérés auparavant comme de mauvais goût, inopportuns ou provocateurs ont pu être soudain ouverts en toute liberté.

Souhaitons que cette parenthèse ne se referme pas trop vite. Que ne reviennent pas bientôt les vieux comportements et les clichés qui nous interdisaient de penser et même de nommer notre situation. Comme elle apparaît décalée, la convocation au Tribunal de grande instance d’Arno Klarsfeld , au motif, je cite d’avoir « porté atteinte à l’honneur et à la considération des jeunes de banlieue , en l’espèce, en déclarant « Non, la France n’est pas antisémite. Il y a le noyau dur de l’extrême droite qui l’est, vigoureusement, une partie de l’ultra gauche, les islamistes et une partie des jeunes de banlieue qui l’est aussi. » Fin de citation.

Si cette phrase devait valoir à son auteur une condamnation, alors que quatre million de nos concitoyens viennent de descendre dans les rues pour défendre la liberté d’expression, qui poursuivra le Premier ministre, Manuel Valls , pour avoir prononcé, hier, les mots de « ghetto », et même « d’apartheid territorial, social, ethnique ». Il évoquait, dans le même discours, « les tensions qui couvent depuis trop longtemps et dont on parle peu. »

Et il ne faudra pas oublier de condamner aussi Maurice Lévy , qui écrit dans une tribune parue dans Le Monde, hier, « Un nouvel antisémitisme libéré s’est alors engouffré dans la brèche celui d’une minorité de jeunes issus de l’immigration, fragiles, au cadre familial distendu, soumis à l’influence extérieure et instrumentalisés, réagissant aux images des conflits du Proche-Orient. Cet antisémitisme devient une sorte de bravade, tandis qu’un sentiment d’impunité domine : s’attaquer aux Juifs ne provoque pas de réaction considérable Ilan Halimi et Toulouse en sont la preuve. » Fin de citation.

Malek Boutih a déclaré peu après les attentats : « On a un problème de ghetto, on a un problème avec l’antisémitisme et on a un problème avec l’application des règles laïques ». Dans la même interview, il prévenait : « Au sein du PS, je serai désormais sans concession avec les élus corrompus qui passent des deals avec les voyous et les communautés par électoralisme . »

J’ai bien aimé aussi ce qu’il a dit hier à un journaliste de Radio France : « Si on ne met pas les mots justes sur les réalités, on est des suivistes. Et les suivistes vont être emportés par l’histoire. »

On ne va pas régler tous les problèmes qui accablent notre pays en quinze jours d’abord parce que nous n’en avons pas les moyens financiers. Mais il existe une opportunité de mettre sur la table ceux qui font l’objet d’un déni et d’un refoulement systématique. La volonté de dialogue et de conciliation n’a jamais paru aussi forte, dans toutes les sphères de la société. Espérer une refondation de la République autour de valeurs communes, en obtenant l’accord unanime de toutes les composantes de notre société est, sans doute, une utopie. Mais peut-être s’ouvre-t-il devant nous une de ces « ères nouvelles », dont parle Pierre Nora, où un progrès décisif semble possible. A moins qu’il ne s’agisse d’une illusion et que nous ne vivions qu’une parenthèse enchantée , après laquelle tout redeviendra comme avant. Voyez-vous des précédents historiques ? Quels sont ceux qui ont en effet tourné une page nouvelle ? Quels sont les fausses annonces qui n’ont pas tenu leurs promesses ?

J’aurais aimé citer encore une phrase au cours de cette émission.

« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant. Ce sont d’ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques . »

Voltaire : article Fanatisme de l’Encyclopédie.

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