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Etat de guerre, Union nationale

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La veille, l’Allemagne nous avait déclaré la guerre. Le 4 août 1914, à la Chambre des députés, le président du Conseil, René Viviani, républicain socialiste, lut un message du président de la République Raymond Poincaré , républicain modéré. « La France sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera, devant l’ennemi, l’union sacrée et qui sont, aujourd’hui, fraternellement assemblés. » Aussitôt, la SFIO et la CGT - l’extrême gauche de l’époque s’y rallient - ainsi que la droite nationaliste, même si celle-ci ne sera pas appelée à siéger au gouvernement.

L’Union sacrée ne met pas un terme aux clivages politiques et sociaux, véhéments, à l’époque. C’est une trêve dans les luttes politiques et syndicales, destinée à unir et rassembler les forces vives de la nation, face à l’ennemi commun. Lorsqu’on se souvient de la violence qui présidait alors aux confrontations entre cléricaux et radicaux, entre nationalistes et socialistes, on ne peut qu’être abasourdi de les retrouver ainsi au coude-à-coude.

Aujourd’hui, le péril est tout autre et ce ne sont certes pas les armées du Kaiser qui sont à nos frontières, avec leurs canons et leurs mitrailleuses. Les hordes que nous affrontons ne méritent même pas le nom de combattants. Mais l’ennemi dispose de terroristes infiltrés , dont la porosité des frontières européennes facilite les déplacements et la capacité de nuisance. Et un autre président de la République, François Hollande, tente, cent ans après la Première guerre mondiale, de réaliser une nouvelle mouture de cette Union sacrée. Faut-il la souhaiter ? Est-ce un projet politique réaliste ?

« Le dessein des terroristes est de plonger notre pays dans l’effroi et dans la division. Nous devons veiller à préserver l’unité qui fait notre force , (…) face à la menace terroriste, il n’y a plus de clivages partisans qui tiennent. » Ainsi, s’exprimait François Hollande , devant le Congrès réuni à Versailles, le 16 du mois dernier. Le Président de la République est dans son rôle constitutionnel, en tant que garant de l’unité et de l’indépendance nationale. Mais quelle est la part de manœuvre politicienne ?

François Hollande au Congrès de Versailles
François Hollande au Congrès de Versailles Crédits : Philippe Wojazer - Reuters

L’opposition de droite s’est indignée que le gouvernement lance, aussitôt après les attentats du 13 novembre, une sorte d’OPA sur son programme sécuritaire. Tout ce que la gauche avait refusé après la vague terroriste de janvier, de la déchéance de nationalité , proposée par le député Philippe Meunier, et repoussée en Commission des lois, comme « indigne d’un Etat de droit », à l’expulsion des imams radicaux , le gouvernement le fait sien. Même le fait d’armer les polices municipales . Le groupe parlementaire socialiste est vent debout devant cette volte-face. Hollande prend donc un risque politique majeur. Plutôt que d’y chercher une tactique de « triangulation » classique, consistant à priver l’adversaire de ses arguments, pourquoi la droite n’y voit-elle pas une main tendue ?

Un pays comme le nôtre ne saurait s’engager dans une guerre en ayant à sa tête un gouvernement ne représentant que le quart de l’électorat. Or, c’est la situation dans laquelle se trouve la gauche de gouvernement, actuellement au pouvoir. Et la droite, malgré l’appoint du centre, pèse à peine un tiers. Le rassemblement de toutes les forces de gauche est aussi invraisemblable, en l’état actuel des choses, que l’union électorale de la droite et du Front national. Les programmes divergent bien davantage entre le PS et le Front de Gauche, entre Les Républicains et le Front national, qu’entre le PS et Les Républicains . Si ces deux partis parviennent, localement, soit à fusionner leurs listes, soit à se retirer de la compétition entre les deux tours des élections régionales, il y a fort à parier que le gouvernement sera, en 2017, un gouvernement d’union nationale.

C’est une formule qui réussit dans plusieurs pays d’Europe, dont l’Allemagne. Suite aux attentats de janvier, un sondage CSA pour le Grand Journal de Canal montrait que 78 % des sondés se disaient favorables à un gouvernement d’union nationale. Face à une telle aspiration de l’électorat, les responsables politiques feraient bien de ne pas résister. Certes, nos institutions ont été conçues dans un tout autre but. Elles aussi devront s’adapter.

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