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Europe écartelée, Europe impuissante

4 min
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En Union européenne, il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ce qui ne marche pas , c’est d’abord la croissance. Cette année, nous friserons la récession, avec 0,8 %. En ce qui concerne les pays de l’Euroland, ils n’ont toujours pas rattrapé leurs niveaux de production d’avant-crise. Avec des performances aussi médiocres, qui contrastent, rappelons-le, avec celles des Etats-Unis, sans parler de l’Asie, quelles perspectives les gouvernements des Etats-nations peuvent-ils espérer offrir à des populations ébranlées par le chômage de masse ? Il y a 25 millions de chômeurs en Union européenne, soit plus de 10 % de la population active, 19 millions dans la zone euro seule, soit plus de 11 %. On a pu mesurer, aux taux d’abstention, lors des dernières élections européennes, le niveau d’exaspération des peuples. Il faut en sortir. Comment ?

Deux théories s’affrontent et leur antagonisme provoque un blocage.

Le clan allemand met en cause l’absence, en France, des réformes de structure qui ont effectivement permis à l’Allemagne d’équilibrer ses finances et de retrouver sa compétitivité, créant ainsi les condition d’un quasi-plein emploi. Manque de courage politique, disent-ils. Le clan français prétend que le processus de réformes est engagé, - voir la loi Macron, la semaine prochaine, mais qu’il demande du temps et surtout qu’on ne saurait mener de front une politique de réformes et d’assainissement des déficits – d’ailleurs, ce n’est pas ce que les Allemands eux-mêmes ont fait, il y a dix ans… Oui, mais c’est pourtant ce que font en ce moment les Espagnols, rétorquent les Allemands.

Le clan français met en cause la radinerie des Allemands, qui devraient profiter de leurs budgets à l’équilibre et de leurs fabuleux excédents commerciaux pour lancer un grand plan d’investissement.

La Commission est manifestement écartelée entre ces deux logiques et penche à la fois dans les deux directions, sans oser aller jusqu’au bout d’aucune d’entre elles.

D’un côté, vous avez le commissaire à l’économie numérique, Günther Oettinger, qui exige que la Commission traite la France en déficitaire récidiviste et lui imposer des échéances précise. De l’autre, plusieurs de ses collègues, qui optent pour la temporisation : on accorde un nouveau délai – fin mars – à Michel Sapin pour présenter une copie plus présentable. Et sinon quoi ? Une mauvaise note ? Un bonnet d’âne ? On imagine mal la Commission nous imposer des sanctions financières, aggravant ainsi notre persistant déficit budgétaire.

Pour complaire au groupe franco-italo-belge, le président de la Commission, à peine nommé, proclame un superbe plan d’investissement européen à 300 milliards d’euros . C’est de la poudre aux yeux : l’UE va débloquer, en réalité, 16 milliards de garantie, redispatcher 5 milliards de fonds déjà existants… et pour le reste, on compte sur la bonne volonté des investisseurs privés. Edouard Tétreau estime qu’en réalité, le fameux fonds d’investissement représentera – tenez-vous bien – 0,008 % du PIB de l’Union !

Ce qui avance , c’est la lutte contre les stratégies opportunistes d’optimisation fiscale des entreprises. Suite à la lettre co-signée par les ministres des finances français, allemand et italien – je cite - : « nos citoyens et nos compagnies attendent de nous que nous nous occupions des évitements d’impôts et des stratégies fiscales agressives… C’est notre devoir collectif de répondre à leurs attentes en s’assurant que chacun paie sa juste d’impôts au pays d’où il tire ses profits. », une directive anti-dumping fiscal devrait être adoptée d’ici la fin de l’année prochaine. Mais la Commission serait plus crédible si elle n’était pas dirigée par un ex-premier ministre du Luxembourg, l’un des pays les moins innocents dans ce domaine : Luxleaks…

Enfin, il y a ce qui marche : le spatial, avec Ariane 6 . Il fallait un successeur à Ariane 5, dont les lancements sont devenus beaucoup trop coûteux par rapport à la concurrence internationale. C’est ce dont sont convenus les Allemands, qui auraient préféré faire évoluer Ariane 5, plutôt que de se lancer dans la mise en route d’un nouveau lanceur. A la clé, 8 milliards d’euros d’investissements sur dix ans et 35 000 emplois qualifiés en Europe, dont 16 00 en France.

Pourquoi l’Europe parvient-elle à prendre des décisions si rapidement, quand d’autres, plus essentielles, sont traitées par la procrastination ?

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