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Europe : ne pas sacrifier la démocratie à la rapidité de décision

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C’est l’ambassadeur de Turquie auprès de l’Union européenne qui le dit : « pour la zone euro, la sortie de crise passera par un abandon de la démocratie normale et par le recours massif à la planche à billets ». Eh bien, le défi qui nous est lancé est clair : il s’agit de démontrer à monsieur Selim Kuneralp, ambassadeur de Turquie, que l’UE peut surmonter la crise de l’euro sans renoncer, même provisoirement à la démocratie, ni s’amuser à rembourser ses dettes avec de la monnaie dévaluée.

Bien sûr, l’Union européenne a joué un rôle décisif dans la déposition de Berlusconi en dehors de toute consultation électorale en Italie mais enfin, c’est le Parlement italien, élu, qui a mis son gouvernement en minorité et c’est le président de la République, Giorgio Napolitano, qui a appelé Mario Monti à la présidence du Conseil. Le cas grec est un peu plus délicat, puisque Georges Papandréou, qui venait de gagner les élections législatives, a été évincé alors qu’il s’apprêtait à poser la question de confiance par référendum à ses concitoyens. Mais la situation de la Grèce est si catastrophique qu’elle s’apparente à celle connue autrefois par plusieurs pays du Sud, mis sous tutelle provisoire par le FMI pour les guider vers la restauration de leurs finances.

La sortie de crise implique à la fois solidarité et convergence. Nous nous dirigeons vaille que vaille vers une union économique et budgétaire de la zone euro. Elle implique déjà un certain niveau de mutualisation des dettes à travers l’action de la BCE, qui rachète discrètement des obligations souveraines des pays surendettés pour faire baisser les taux. Mais il faudra pousser plus loin la solidarité budgétaire entre Etats-fourmis aux finances solides et à la signature fiable, et Etats-cigales en situation de surendettement. Si cela ne prend pas la forme des euro-obligations, cela devra se faire via le pare-feu anti-crise du Mécanisme Européen de Stabilité. Mais elle aura nécessairement pour contrepartie la fixation d’objectifs à atteindre en commun. Et cela ne concernera pas que la mise sous surveillance des budgets nationaux, afin d’éviter le retour à l’impossible situation actuelle. Des abandons de souveraineté seront également exigés dans d’autres domaines, comme la fiscalité – afin d’empêcher le dumping fiscal, la politique sociale et l’emploi – les Allemands n’accepteront pas de travailler longtemps pour financer les pensions de retraites de pays où on peut partir plus tôt, la politique économique : les pays du Sud devront restaurer leur compétitivité, sinon le retour à l’équilibre budgétaire lui-même ne suffirait pas face au déficit de leur balance extérieure et les pays du Nord devront favoriser chez eux la consommation.

Il faut éviter que certains gouvernements n’appliquent mal et de mauvaise grâce des politiques qu’ils présenteraient comme « imposées par Bruxelles » - ou pire « par Berlin » - alors qu’ils sont bien souvent eux-mêmes les véritables responsables de la crise. C’est pourquoi il n’y a pas à déplorer outre mesure que ce soient les chefs de gouvernement qui soient à la manœuvre, plutôt que la Commission. Même si celle-ci peut se présenter comme le défenseur des « petits Etats » face au « directoire franco-germanique », en l’état actuel des institutions européennes, cette commission manque de légitimité démocratique. Il n’est pas mauvais de confier aux Etats eux-mêmes et à leurs parlements la tâche de mettre en œuvre et de contrôler les politiques décidées en commun par les chefs de gouvernement.

C’est aux dirigeants nationaux élus d’assumer les conséquences désastreuses pour nous tous de l’impéritie de certains d’entre eux. C’est à eux de dire jusqu’où nous voulons aller dans la mise en commun des politiques et des ressources. De ce point de vue, le fait que l’initiative revienne, en ce moment, au couple franco-allemande n’est pas une mauvaise chose, car cela permet d’aller plus vite. Aux autres, ensuite, de se déterminer un par un sur le niveau de contrainte qu’ils sont prêts à accepter en échange du niveau de solidarité qui leur sera consenti. Et cela s’appelle l’Europe à géométrie variable.

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