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Euthanasie : faut-il réviser la loi ?

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Dans notre société, la mort a un statut plutôt bizarre. Alors que nous sommes en permanence appelés à séduire et à consommer, saturés de messages vantant la jeunesse, la beauté, la santé, le plaisir…, l’agonie fait désordre. Parce que c’est tout le contraire. La maladie engendre la souffrance, la mort est hideuse. L’idéal hédoniste , auquel chacun est sommé d’adhérer et de tâcher de se conformer, sa vie durant, apparaît soudain comme une immense mystification un Truman Show dont la fonction aurait été précisément de nous faire oublier que nous sommes mortels.

C’est pourquoi elle est de plus en plus ressentie par nos contemporains comme une sorte de trahison, un déni de justice, un refus de leurs droits à continuer à vivre et à « en profiter », comme disent les vacanciers à la télé. Aussi, comme généralement, les mauvais coups, les coups de canifs au contrat social – plans sociaux, lois liberticides – la mort a désormais lieu en cachette . On nous fait mourir, en toute discrétion, presque clandestinement, au fin fond d’un hôpital, dans un service de soins palliatifs, dans le meilleur des cas, sur un chariot abandonné d’un service d’urgence débordé, dans le pire. C'est qu'il ne faut pas troubler la jouissance des vivants.

Hier, la mort était entourée d’un cérémonial religieux et familial. Cette étape ultime prenait sens parce qu’elle trouvait sa place dans une succession d’étapes obligées, qui se traduisaient par autant de cérémonies publiques, généralement religieuses – les mécréants les plus endurcis allant, comme les autres, de baptême en extrême-onction. La littérature, la peinture abondent de scènes où l’ancêtre, agonisant dans son propre lit, réunit sa famille pour lui faire connaître ses ultimes volontés. Foin de tout cela désormais. On meurt, le corps percé de tuyaux, branché à des écrans, réduit à un statut d’objet sur lequel s’acharne une technologie dernier cri, mais hélas impuissante à nous rendre immortels…

La mort, parce qu'elle est intervient, dans la majorité des cas à l'hôpital, est devenue, en plus, une affaire d’Etat. Comme bien des aspects de notre vie qui lui échappait, elle est dorénavant rigoureusement encadrée par des lois . La dernière en date, la Loi Léonetti de 2005, visant à encadrer l’accompagnement en fin de vie, est-elle suffisante ? Elle a permis de mettre fin à l’acharnement thérapeutique – cette obstination déraisonnable de la médecine, qui refuse de s’avouer vaincue. Elle a poussé à la mise en place d’unités de soins palliatifs, où, avec le consentement des malades et de leurs familles, et à la suite d’une décision collégiale, il est prévu de stopper les thérapies actives, reconnues désormais inutiles et donc de ne plus prolonger artificiellement le processus de mort - sans pour autant autoriser le suicide médicalement assisté.

Faut-il aller plus loin aujourd’hui ?

Je ne sais pas. Pour un débat équilibré et informé, je recommande à nos auditeurs deux livres, parce qu’ils ont le mérite de bien résumer, et d’une manière honnête, les points de vue en présence. D’un côté, donc, le moraliste Ruwen Ogien, dans La vie, la mort, l’Etat . Aucune action ne peut être qualifiée d’immorale, si elle ne fait de tort à personne. Or, en accordant une mort désirée, on ne fait pas tort à personne. De l’autre, le spécialiste de bioéthique Emmanuel Hirsch, dans Apprendre à mourir . Il cite le Talmud : « Vivre, c’est apprendre à perdre ». La mort, si elle est accompagnée, si la souffrance est neutralisée par les soins palliatifs, peut et doit être un moment qui prend son sens. Le « meurtre par compassion », reste un crime. Le légaliser ouvrirait la voie à une euthanasie des malades dont les traitements seraient considérés comme trop chers…

A chacun de se faire son opinion. Mais remarquons qu’à l’époque où l’on mourait chez soi, entouré de sa famille, ces questions étaient réglées en accord avec le médecin de famille, en toute discrétion, sans longs débats parlementaires…

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