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Ex-Yougoslavie : le long processus de réconciliation

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Bien sûr, il ne faut rien oublier du passé. Ne pas oublier l’étrange distraction des dirigeants français et britanniques lorsque , en septembre 1991, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une grande ville européenne, Vukovar , fut assiégée par les forces serbes, pilonnée pendant trois mois et réduite en cendres, une partie de sa population massacrée. Il s’agissait juste de punir les Croates qui, comme les Slovènes, venaient de voter pour leur indépendance.

Ne pas oublier non plus l’extraordinaire passivité des Européens lors des quatre années que dura le siège de Sarajevo par les milices serbes de Bosnie, refusant même de nommer les agresseurs, entre 1992 et 1996, tandis que l’ONU se faisait complice des agresseurs en leur reconnaissant un droit de veto sur les entrées et sorties de la ville. Les milices de Mladic ont peut-être un peu abusé de cette passivité, lorsqu’elles ont poussé l’audace jusqu’à prendre en otage 350 casques bleus qui n’avaient pas l’autorisation de leur résister, en mai 1995.

Enhardi sans doute par tant de lâcheté, la même soldatesque s’empara, le 11 juillet de la même année, de la ville de Srebrenica , l’une des six « enclaves protégées par les Nations Unies ». Les 400 casques bleus hollandais laissèrent les milices de Ratko Mladic séparer les femmes des mâles de 13 ans et plus, avant d’emmener ces derniers pour les massacrer non loin de là. Nettoyage ethnique. « Le pire crime de masse qu’ait connu l’Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale », écrit Tony Judt dans son histoire de l’Après-Guerre en Europe.

Ce fut Bill Clinton qui prit alors les choses en main, et les bombardiers de l’OTAN eurent vite fait de mettre Karadzic au pas et de pousser son maître, Milosevic, à signer les accords de Dayton – malgré les menaces de guerre de la Russie. Certes, il fallut recommencer et cette fois, en 1999, ce fut la Serbie elle-même subit de durs bombardements pendant près de trois mois, jusqu’à se cessent les massacres des Albanais du Kosovo, ultime entreprise de « nettoyage ethnique » de Milosevic. Il fallut passer outre aux vétos russe et chinois au Conseil de sécurité – ce qui rappelle quelque chose.

Le prestige du dirigeant nationaliste ne devait pas s’en remettre. Battu aux élections en 2000, Milosevic fut livré, l’année suivante, au Tribunal Pénal international pour l’ex-Yougoslavie et inculpé de crimes de guerre. Il est mort sans repentir, en 2006 avant la fin de son procès.

Mais comme l’écrit le grand écrivain Slavenka Drakulic , Croate qui a dû s’exiler en Suède pour échapper aux menaces des nationalistes de son pays, tout processus de réconciliation, s’il passe par la justice, seule à même d’établir la vérité, exige aussi la repentance, les visites rendues, les collaborations, le travail en commun.

Le parlement serbe a voté, en mars 2003, une Déclaration sur Srebrenica qui reconnaît officiellement le massacre de 8 000 civils bosniaques en juillet 1995. Le président serbe Boris Tadic s’est rendu à Vukovar en novembre 2010, présenter au président croate Ivo Josipovic les excuses de la Serbie pour la destruction de la ville, dix ans plus tôt.

Une nouvelle génération de politiciens, qui n’a pas de sang sur les mains, travaille à la réconciliation sous le regard vigilant de l’Union européenne. Après la Slovénie, la Croatie fera son entrée dans l’UE le 1° juillet de l’année prochaine. La Serbie a cessé d’être traitée en paria et poursuit, elle aussi, ses négociations d’adhésion.

Et puis, il y a surtout ce que le journaliste Tim Judah a nommé la « Yougosphère » - ces milliers de liens défaits par les guerres qui sont en train de se retisser discrètement : un espace économique qui est en train de se reconstituer, à coups de fusions, d’échanges entre entreprises serbes, croates, bosniaques et slovènes. Il existe un Conseil de coopération régionale, basé à Sarajevo, et dirigé par un Croate, qui prend en charge des problèmes d’intérêt commun.

Un film a été tiré par la Suédoise Juanita Wilson du roman de Slavenka Drakulic, « As if I am not there », qui raconte la vie d’une femme bosniaque, violée comme des milliers d’autres dans un camp de concentration serbe et qui en concevra un enfant. Et puis, bien sûr, il y a « Au pays du sang et du miel » d’Angelina Jolie.

Mais à ceux qui se demandent ce qui a bien pu se passe dans la tête de ces miliciens endoctrinés pour « purifier » les villes et les villages, je recommande un livre extraordinaire, « Anatomie du bourreau » de Jens-Martin Eriksen. C’est une plongée sans équivalent dans la psychologie d’un tueur que rien ne préparait à le devenir. (Editions Métailié)

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