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Faillite de l'Etat, résilience de la société civile

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Le divorce entre une classe politique de plus en plus professionnalisée, et la population est tellement ressassé que c’est devenu un poncif. Mais il est difficile d’en nier la réalité. Encore faudrait-il distinguer : ce discrédit n’est pas universel. Il existe quelques rares personnalités politiques qui gardent une bonne cote de confiance : Manuel Valls, toujours en tête des cotes de popularité, dix points au-dessus des deux seconds ex-aequo, Bertrand Delanoë et Alain Juppé. Le score de ces deux derniers tend, d’ailleurs, à confirmer l’idée que les élus locaux, les maires en particulier, continuent à inspirer une relative confiance.

Ce sont les caciques des partis , les professionnels de la représentation, qui font l’objet, eux, d’un véritable rejet. Comme l’élite de la haute administration, des affaires, de la culture et des médias , avec laquelle la lie des relations malsaines et endogames, cette minuscule nomenklatura vit, retranchée dans sa cité interdite : 3 ou 4 arrondissements de Paris où est concentré le pouvoir politico-administratif. C’est un tout autre monde que celui où les usines ferment, où les jeunes chôment, où l’on se bat pour toucher le RSA. La distance culturelle d’avec le reste de la société fait que ses discours n’embrayent plus. Ils provoquent le scepticisme, l’ironie ou la colère .

Ce discrédit peut être attribué à bien des facteurs, selon les analystes.

Il y a d’abord, l’échec des politiques menées depuis des décennies : la population est à présent parfaitement consciente du déclin économique dans lequel est entraîné le pays. Elle en est directement affectée à travers la baisse – historique – de son pouvoir d’achat. Et dans un pays où, traditionnellement, le sommet de l’Etat décide de tout, on rend responsable ceux qui s’y sont succédés sans parvenir à renverser la tendance.

Ces élites gouvernantes ont fait preuve de lâcheté : tant de rapports commandés - Pébereau, Attali, Migaud, Gallois... Tous ont fait les mêmes constats, en ont tiré les mêmes préconisations, mais ils ne semblent jamais avoir été suivis d’effets. Le refus d’obstacle est décidément le point commun des gouvernants , qu’ils soient de droite ou de gauche.

Il y a aussi l’inadaptation des grands partis de gouvernement aux processus de prise de décision requis par la situation. Leur manichéisme idéologique apparaît surfait il ne reflète pas vraiment l’état de l’opinion et surtout, une fois au pouvoir, il n’embraye sur aucune véritable différence entre eux : c’est la droite qui a commencé à augmenter massivement les impôts et la gauche sera contrainte de pratiquer une politique de rigueur, face à l’épuisement de la ressource fiscale, qui s’annonce…

Pendant un temps, cette proximité politique entre des camps qui croient nécessaires de vouer l’autre aux gémonies a pu être masquée par du story-telling. Ca ne fonctionne plus. Personne ne prend vraiment au sérieux ces personnages qui répètent sans aucune conviction des crédos démodés , en travaillant à leur réélection…

En réalité, les Français sont peut-être en train de découvrir que l’Etat, qui aura été, dans un autre monde, le tout-puissant levier de la volonté collective, est devenu impuissant. Un récent sondage en témoigne. A la question, « à qui faites-vous le plus confiance pour relancer la croissance ? », 13 % des sondés par IPSOS pour Le Monde, répondent « à l’Etat », 43 %, « aux entreprises », 54 % « aux Français eux-mêmes ». Pour l’anecdote : 14 % répondent à la droite, et 6 % à la gauche. Mais le plus étonnant, c’est que 59 % pensent que, pour relancer la croissance, il faut limiter au maximum le rôle de l’Etat .

Aujourd’hui, cet Etat est moins perçu comme un protecteur que comme un facteur de blocage. C’est un Etat qui empêche, qui entrave, qui bride l’élan créateur de la société, à travers ses milliers de règlements absurdes qui prélève une portion anormalement élevée de la richesse créée, sans apporter la preuve qu’il en fait bon usage. Or, la société, elle, fait preuve de résilience. Elle encaisse la crise, en inventant des activités et des solidarités nouvelles. Sur le terrain, à bas bruit, il semble que fleurissent toute sorte d’initiatives. « Loin des grands discours, des belles théories, il changeait la vie », comme chantait Goldman, comme par hasard devenu la personnalité préférée des Français, sans jamais s’exprimer publiquement sur rien….

Et si la sortie de crise passait par une émancipation de la société, par la création, au sein de ses forces vives, d’une élite toute nouvelle, réellement représentative de la France d’aujourd’hui, et non de celle d’hier ? Vous qui venez de parcourir 5 000 km à travers le pays, pour aller à la rencontre des Français, est-ce un sentiment que vous partagez ?

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