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Familles décomposées et pauvreté infantile

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Le pays où les chiffres de l’UNICEF sur la pauvreté infantile a provoqué le plus grand choc n’est pas le nôtre, mais les Etats-Unis. Découvrir, lorsqu’on en est encore la nation la plus puissante du monde, qu’un tiers des enfants (32,2 % exactement) vivent en-dessous du seuil de pauvreté a causé, là-bas un véritable traumatisme.

Certes, la notion de seuil de pauvreté est relative. Elle s’applique aux ménages vivant avec un revenu inférieur à 60 % du revenu médian. Ce montant est beaucoup plus élevé aux Etats-Unis qu’en Grèce. Or, c’est la Grèce qui figure en bas du tableau, 41e sur 41, avec une pauvreté qui touche 41 % des enfants ! Un peu au-dessus, on trouve l’Espagne, avec 38 % d’enfant pauvres, l’Italie à 30 %, le Royaume-Uni (26 %). Nous avons, en France, près de 20 % des enfants vivant en dessous de ce minimum , ce qui nous classe au 18e rang, derrière l’Allemagne (15 %). Les meilleures performances sont, comme d’habitude celles des pays scandinaves : seulement 10 % d’enfants en-dessous du seuil de pauvreté au Danemark, et même 5 % en Norvège, l’un des pays les plus riches du monde développé.

La première constatation que l’on peut faire, c’est de corréler ces données avec les taux de chômage. En ce qui concerne l’Europe, c’est imparable : plus un pays compte de chômeurs, plus le taux de pauvreté infantile court le risque d’être élevé. Ainsi, la Grèce, le pays le plus mal classé, est aussi le pays où le taux de chômage est le plus désastreux : 25 %. L’Espagne : 23 % de chômeurs. L’Italie : 12,5 %. Mais ce n’est pas systématique. Ainsi, le Royaume-Uni, qui compte presque deux fois moins de chômeurs que nous (5,4 % contre 10,6 %) a cependant un taux de pauvreté infantile supérieur (26 % contre 19 %).

Il faut donc faire entrer en lice d’autres facteurs. L’un des plus souvent invoqués est la fragilité des unions.

En effet, les familles monoparentales ont beaucoup plus de chances de connaître la pauvreté que les couples élevant des enfants. J’ai trouvé ces chiffres sur le think tank américain Demos : 4 fois plus d’enfants pauvres dans les familles monoparentales que dans les autres aux Etats-Unis 5 fois plus en Finlande, 6 fois plus en Suède – même si, on l’a vu ce sont des pays où la pauvreté est plus rare.

Or, comme l’écrit l’auteur de l’étude, Matt Bruenig, les enfants élevés dans des familles monoparentales réussissent moins bien à l’école, ils ont moins de chances d’obtenir un diplôme, davantage de risques de tomber dans la délinquance, ou de connaître des maternités précoces. Parce qu’un parent unique a non seulement moins d’argent qu’un couple, mais moins de temps à consacrer à ses enfants .

Or, comme le dit le géographe français Laurent Chalard, qui naît dans un milieu pauvre « aura tendance à reproduire certains comportements spécifiques de son milieu d’origine, qui ne sont pas propices à la sortie de la pauvreté. Un exemple : le rapport à l’école. Les enfants pauvres ont une plus forte tendance à rejeter le système scolaire, alors que c’est bien souvent leur unique bouée de sauvetage, car cela n’est pas valorisé dans leur milieu, en particulier chez les garçons. »

Dans son ouvrage Questions sociales analyses anglo-saxonnes, Julien Damon consacre un chapitre à la question « Augmenter les prestations ou réhabiliter le mariage ? » Il cite des auteurs comme James Wilson, pour qui la facilitation du divorce, mais aussi l’augmentation des aides sociales destinées aux mères célibataires auraient contribué à déresponsabiliser les pères, les incitant à déserter le foyer. En France aujourd’hui, la majorité des enfants naissent hors mariage. Comment inciter les pères à assumer leurs responsabilités, tout en améliorant l’aide aux enfants pauvres ?

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