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Faut-il choisir entre Bachar et Daech ?

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Le Moyen Orient traverse, écrit Joseph Nye, l’une période « d’instabilité révolutionnaire ». Joseph Nye, qui a servi au top-niveau, sous les administrations Carter et Clinton, est l’un des plus célèbres théoriciens démocrates des relations internationales. Et il attribue cette instabilité à trois facteurs principaux : le caractère artificiel des frontières , issues de la colonisation la guerre de religion , interne à l’islam, entre sunnites et chiites, incarnée par la rivalité géostratégique entre les pétro-monarchies du Golfe et l’Iran l’échec de la modernisation , symbolisée par celui des Printemps arabes. Si l’on ajoute l’incapacité des coalitions, menées par les Américains, à remplacer les régimes despotiques qu’elles ont renversés, en Afghanistan, en Irak et en Libye, par des pouvoirs légitimes et stables, on comprend l’embarras des puissances occidentales face au chaos syrien.

L’Occident a cherché à organiser les adversaires du despote meurtrier de Syrie, Bachar al-Assad, en organisant les forums des Amis de la Syrie et en aidant, sur place, l’Armée syrienne libre. Chaque fois, la France a été en première ligne . Or, nous avons été largués en rase campagne par Obama en juin 2013. Alors que le président américain avait prévenu, l’année précédente, que l’utilisation d’armes chimiques marquerait, pour le régime, le franchissement d’une « ligne rouge », il nous a laissé préparer des frappes aériennes, qu’il a refusées au dernier moment.

Evidemment, ce ne sont pas les Américains qui sont menacés d’attaques terroristes sur leur territoire, comme nous le sommes nous-mêmes : selon les derniers chiffres du ministre de l’Intérieur, 1 683 Français sont « impliqués dans les filières djihadistes » en Syrie et en Irak. 105 combattants français du Djihad ont été tués sur place. 457 combattent effectivement dans les rangs de Daech. Et 320 sont « en route pour le djihad ». D’où ils reviendront, aguerris et ensauvagés, lorsqu’on leur en donnera l’ordre.

Ce ne sont pas les Américains qui voient des centaines de milliers de Syriens tentés d’échapper à l’enfer en Europe. Chez eux, la guerre civile a tué plus de 300 000 personnes.

Bachar el-Daech
Bachar el-Daech Crédits : Bachar el-Daech - Radio France

Bien sûr, l’intervention aérienne des Occidentaux contre Daech, en Syrie, après l’Irak, risque d’être présentée par le régime de Bachar al-Assad, comme la vérification de la théorie selon lequel il est seul à pouvoir servir de rempart aux islamistes radicaux – lui, qui les ménagés, afin de les utiliser contre son opposition démocratique. Après le renfort militaire qu’il vient de recevoir de son allié Poutine, c’est une bénédiction.

Mais il y a des questions qu’il est légitime de poser.

Primo, sachant qu’on n’a jamais gagné une guerre par les seuls bombardements aériens, quelles sont les forces sur place qui peuvent défaire Daech ? Sachant la perversité des djihadistes, on peut s’attendre à ce qu’ils se servent de la population civile comme de boucliers humains . Comment réagiront nos populations face aux inévitables « victimes collatérales » ?

Surtout : la Russie, renforçant chaque jour davantage sa présence militaire en Syrie, afin d’appuyer son protégé Bachar, nous appelle aujourd’hui à monter une coalition anti-Daech. Contre le mal absolu, pouvons-nous accepter le maintien, dans l’ouest de la Syrie, d’un pouvoir haï par la grande majorité de la population ? Quand bien même l’opération serait couronnée de succès, comment pourrions-nous concilier les intérêts de la Russie et de l’Iran , d’un côté, qui ne veulent pas lâcher la Syrie et ceux de la Turquie et des autres puissances sunnites , qui entendent nettoyer le pays du régime el-Assad ? Allons-nous, une fois de plus, sacrifier les courageux résistants kurdes, à nos bonnes relations avec Ankara ?

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