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Faut que ça change...

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On saura gré aux dirigeants des deux grands partis de gouvernement d’avoir eu, hier soir, la victoire modeste. Chacun d’entre eux pouvait pourtant estimer avoir sauvé les meubles.

La gauche, qu’on disait abandonnée par son électorat en raison de son incapacité à faire reculer le chômage, a su refaire son unité là où elle était menacée malgré les clivages qui la traversent. Plus étonnant encore, là où elle a eu l’élégance de se retirer pour empêcher une victoire du Front national, ses électeurs se sont reportés assez nettement sur les listes des Républicains, leur assurant des victoires sans bavures.

La droite, si elle est loin du grand chelem , imprudemment annoncé par certains, remporte néanmoins la majorité des régions, alors qu’elle n’en détenait qu’une seule jusqu’alors. Et ce sont ses candidats qui, au niveau national, figurent en tête des préférences des sondés pour les présidentielles.

Mais on pouvait mesurer aux premières déclarations de Xavier Bertrand et de Christian Estrosi, à quel point ils avaient été ébranlés par le passage du boulet. Certes, la stratégie du front républicain a permis à la droite d’empêcher le Front national de s’emparer des régions du Nord-est et du Sud-est.

On dira : dans un système politique tripolaire, il n’est pas glorieux de gagner à deux contre un. Mais en Alsace-Lorraine aussi, le FN échoue, malgré la situation triangulaire. Cela démontre qu’en l’état actuel de ses forces, le Front national – qui plafonne à 29 % au niveau national, contre 28 % au premier tour - ne peut pas gagner. Ni au niveau régional, ni surtout au niveau national. Parce qu’il n’a pas d’alliés et ne peut en avoir. Contrairement à une certaine rumeur médiatique, personne parmi les responsables de la droite républicaine, n’est tenté d’entrer dans une alliance avec le parti populiste. La droite préfère bénéficier du renfort des voix de gauche, plutôt que de jeter des passerelles en direction du FN. Au risque, bien entendu, de renforcer la propagande du parti de Marine Le Pen, qui se présente comme « anti-système » et accuse les autres de connivence.

Victoire modeste , parce que les résultats du premier tour ont comporté un avertissement sévère. La formule de front républicain est une stratégie défensive. Elle est le symptôme avant-coureur classique des crises de régime. Comment éviter que l’exaspération populaire finisse par abattre le système politique ?

Résultats des régionales
Résultats des régionales Crédits : Elections régionales - Radio France

La classe politique promet , la main sur le cœur, qu’elle a entendu le message, que « rien ne sera plus comme avant ». Mais lorsqu’on interroge ceux qui se réclament d’un renouvellement radical, comme Bruno Lemaire, on est en peine de voir en quoi la rupture promise avec le passé pourrait consister. Exiger des candidats aux élections nationales qu’ils démissionnent de la fonction publique, comme cela est le cas en Grande-Bretagne, permettrait sans doute de déconnecter nos dirigeants de la haute fonction publique, de la rendre plus représentative d’un électorat qui connaît, lui, l’horreur du chômage. Mais encore ?

Certains semblent tentés par la formule de l’union nationale . Manuel Valls, à gauche, Alain Juppé, à droite, sont dans cette logique. Afin de faire passer les réformes susceptibles de rendre à notre pays son dynamisme économique, de libérer la machine à créer des emplois, on passerait, devant l’électorat, et avant les élections générales, un contrat de gouvernement clair, assorti d’un échéancier. La méthode allemande. Le risque est de renforcer les extrêmes – aux deux bouts de l’omelette.

D’autres, Julien Dray, par exemple, envisagent une union des gauches, de toutes les gauches avec des personnalités du centre. C’est la stratégie classique de l’élargissement des majorités en perte de vitesse. Mais on voit mal messieurs Mélenchon et Bayrou cohabiter au sein d’un même gouvernement.

A droite, la question de l’avancement des primaires va se poser très rapidement . Les Républicains pâtissent de leurs hésitations sur la ligne politique. Et du manque d’appétit de l’électorat pour la candidature, à la présidence de la République, de leur leader actuel. Nicolas Sarkozy est à présent distancé, dans les intentions de vote, non seulement par Alain Juppé, mais par François Fillon. Ce serait une façon de rendre la parole au peuple de droite, lassé des combats de coqs de ses dirigeants.

Reste qu’une partie importante de la population est mécontente de son sort , qu’elle le fait savoir en désertant les isoloirs ou en votant pour le parti populiste d’extrême droite. Non, ça ne peut pas continuer « comme avant ». Il faut changer. Mais changer quoi ? Et comment ?

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