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Financer la protection sociale sans alourdir le coût du travail

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Le Président de la République, François Hollande, demande aux partenaires sociaux d’aider le gouvernement à placer le curseur à l’endroit juste, celui où seront équilibrés l’impératif de rétablissement de la compétitivité de nos entreprises et celui de la justice sociale. L’exercice se révèlera difficile, comme toujours, mais peut-être plus difficile encore que d’habitude, étant donnée la dégradation générale de notre économie .

C’est d’abord sur la question de l’emploi que le gouvernement est attendu. 4,9 millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi. Et la situation va s’aggraver à la rentrée, avec des plans sociaux en grand nombre et une vague de faillites attendue dans les PME. Comme le montre l’audit mené par l’institut patronal COE-Rexecode, la situation financière de nos entreprises est désastreuse : ébranlée par la crise qui leur a grignoté leurs taux de marge, leurs capacités d’auto-financement sont très faibles. Alors que le crédit bancaire va être restreint. Davantage exposée à la concurrence mondiale, c’est l’industrie qui a le plus souffert. Depuis 2 000, nous avons perdu 775 000 emplois dans ce secteur. Et le rythme s’accélère.

Que peut-on faire ? Abroger la défiscalisation des heures supplémentaires poussera-t-elle les employeurs à recruter jusqu’à 200 000 salariés, comme cela a été évoqué durant la campagne électorale ? On peut en douter. Le contrat de génération , qui prévoit l’exonération des charges sociales pendant cinq ans pour l’embauche d’un junior et le maintien dans l’emploi d’un sénior « tuteur » pourrait faciliter l’embauche de 500 000 jeunes. Beaucoup d’entre eux l’auraient été de toute façon. Effet d’aubaine garanti !

La CFDT réclame des mesures d’urgence, comme le grand retour des contrats aidés . Le gouvernement ressortirait la panoplie des « emplois d’avenir » destinés à calmer la légitime frustration des jeunes de banlieues des contrats d’accompagnement dans l’emploi, qui se sont révélés des cache-misère dans le passé… En outre, comment financer ces emplois subventionnés , lorsque l’Etat est engagé dans une politique de rigueur budgétaire draconienne ?

Autre point noir de la conjoncture : le pouvoir d’achat des ménages . Cette année, pour la première fois depuis longtemps, il va baisser d’au moins 1,2 % . Alors que l’Etat entend geler les salaires de ses fonctionnaires, le gouvernement peut difficilement pousser le secteur privé à augmenter sérieusement ceux de ses salariés. Mais il peut inciter les entreprises, par la loi, à limiter la précarité imposée aux travailleurs à temps partiel ou encore inciter les branches dont les minima commencent au-dessous du SMIG à les rajuster. La CGT voudrait que le gouvernement menace les récalcitrants de rétorsions sur les exonérations fiscales et sociales, dont la centrale estime le montant total à 172 milliards d’euros.

Faut-il augmenter les minima sociaux et dans quelle proportion ? Comment progresser vers cette sécurisation des parcours professionnels , souhaitée par les salariés menacés par le chômage ? Et en échange de quelles nouvelles concessions aux entreprises en matière de flexibilité ? Faut-il conserver les accords compétitivité-emploi, qui ont permis de sauver des entreprises au bord du dépôt de bilan ? Faut-il interdire les « licenciements boursiers » et comment établir qu’ils méritent bien ce qualificatif ? Des juges sont-ils compétents pour apprécier les stratégies économiques des entreprises ?

Toutes ces difficiles questions seront, dès ce matin, sur la table du Conseil économique social et environnemental – institution dont on a trop souvent dit qu’elle ne servait à rien : au moins ses vastes locaux permettront-ils d’accueillir cette conférence…

Mais le problème principal sera-t-il abordé de front ? je veux parler de la situation désastreuse de nos comptes sociaux. Le régime d’assurance maladie est encore en déficit, cette année, à hauteur de 12 milliards d’euros. Et celui de l’assurance vieillesse de 6,6 milliards.

Le financement de la protection sociale pèse lourdement sur le coût du travail. Avec un coût horaire de la main d’œuvre de 34 Euros, charges sociales comprises, nous sommes trop chers. Plus chers que les Allemands, à 30 E de l’heure. Pour redevenir compétitifs, il est urgent de basculer une partie de financement sur l’impôt . La CFDT suggère d’augmenter la CSG. La CGT est contre.

A ce micro de France Culture, François Hollande candidat à la présidence de la République, nous avait dit juger les déficits sociaux scandaleux et même inconstitutionnels . Peut-on rétablir leur équilibre en l’absence de croissance ?

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