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Finances publiques et Titanic

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Tout le monde s’est demandé quelle mouche avait piqué Nicolas Sarkozy lorsque, élu président de la République en 2007, il eut l’idée de confier la présidence de la Commission des finances de l’Assemblée nationale à un député socialiste . Ouverture, pour les uns, excès de confiance en soi, pour les autres. Mais il s’est ainsi créé une coutume dont l’actuelle opposition bénéficie à son tour, puisque c’est à un élu UMP, vous-même, Gilles Carrez , de contrôler aujourd’hui, au nom du suffrage universel, l’usage que fait l’exécutif de nos deniers.

Or, nous avons grand besoin, dans ce domaine, de vos lumières critiques. Car la situation de notre pays est inquiétante. Voilà pourquoi :

Le déficit a l’air d’avoir cessé d’être maîtrisable . La Commission européenne nous a accordé deux années supplémentaires pour le ramener sous la barre des 3 % du PIB – ce qui était, n’ayons garde de l’oublier l’objectif fixé par François Hollande pour cette année. Le gouvernement annonce viser un objectif de 3,6 % l’an prochain. L’évolution de nos comptes publics rend cet objectif bien improbable : notre Etat, nos collectivités locales et notre système de protection sociale ont dépensé 4,8 % de PIB en plus de ce qu’ils ont encaissé en 2012. Ce déficit atteindra encore 4,1 % du PIB cette année. Or, ces dérapage ont lieu malgré une hausse spectaculaire de tous les prélèvements : près de 30 milliards d’euros supplémentaires depuis que la gauche est arrivée au pouvoir.

Et c’est là la deuxième cause d’inquiétude : les impôts ne rentrent pas à la mesure de ce que les augmentations de taux et la croissance de la production étaient censés produire . Il s’en faut même de beaucoup. Vous nous expliquerez peut-être pourquoi. C’est assez technique. Mais le résultat, c’est qu’il faut plusieurs euros de hausses des prélèvements, pour faire rentrer un seul petit euro supplémentaire dans les caisses de l’Etat.

Inquiétant aussi, le succès du lobbying des entreprises auprès de Bercy, car ce sont les ménages qui vont dorénavant faire les frais des augmentations d’impôts . Le crédit d’impôt compétitivité emploi va permettre de restituer 10 milliards d’euros aux entreprises, sur les hausses qui les avaient touchés, ces deux dernières années. Une usine à gaz. Ce qui en sort de concret, en tous cas, c’est une hausse d’une douzaine de milliards des prélèvements sur les contribuables, l’an prochain. La « pause fiscale », ou plutôt la pause dans la hausse permanente des taxes et des impôts est reportée d’une nouvelle année.

Très inquiétante encore, la créativité fiscale débridée de notre gouvernement, la manipulation constante des règles fiscales, qui vient d’atteindre un sommet avec la toute récente invention de prélèvements rétroactifs sur les gains de l’assurance-vie et du Plan épargne action, obtenus depuis 1997 ! S’agit-il de dissuader les Français d’épargner pour leurs retraites et d’investir dans les entreprises ?

Enfin, il faut compter avec les équilibres internes au sein de la majorité, susceptibles de produire de nouveaux prélèvements, chaque famille voulant la sienne, comme on le voit avecl’écolo-taxe , qui est en train de mettre les transporteurs en colère. Les prélèvements obligatoires, dans notre pays vont dépasser les 46 % de la richesse produite. C’est un cas presque unique en Europe et il paraît difficile d’aller au-delà.

Durant sa campagne électorale, François Hollande avait tenté de nous persuader que, seuls, les riches paieraient pour notre redressement. Nous voyons aujourd’hui qu’il n’en est rien et que les classes moyennes sont ponctionnées, sans que, pour autant que les choses ne s’arrangent .

Bref, il semble que malgré la bonne volonté proclamée, il soit devenu impossible de faire maigrir notre Etat obèse.

Vous me direz : ce gouvernement refuse de tailler dans les dépenses, car il cherche à cajoler ses clientèles électorales. Mais vous admettrez que votre parti n’a pas agi beaucoup plus courageusement lorsqu’il était aux affaires. Je vous rappelle que le déficit était de 7,1 % de PIB en 2010, et de 5,3 % encore en 2011. Des études ont démontré que les réformes du président Sarkozy ont « raté » : dans l’ensemble, elles ont davantage coûté au budget de l’Etat qu’elles ne lui ont permis d’économiser… La désespérance des Français face à la dégradation de la situation de leur pays nourrit les extrêmes.

Sommes-nous donc les passagers d’un Titanic qui voit se rapprocher l’iceberg, sans jamais parvenir à changer de cap ?

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