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Finkielkraut face à cette gauche qui trahit les Lumières

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Oui, cette semaine, c’est Le Point qui fait sa couverture avec Pascal Bruckner. Son ami Alain Finkielkraut a connu ce type de consécration à plusieurs reprises. Michel Houllebecq depuis longtemps, Michel Onfray , plus récemment, mais tous azimut. Comme eux, Régis Debray, Natacha Polony, ou Boualem Sansa l tirent aujourd’hui les ventes des magazines, comme le faisaient autrefois, les premiers ministres et les vedettes de cinéma. Pour avoir vécu quelques années dans un pays normal, la Grande Bretagne, je peux vous assurer que ni The Economist ni aucun quotidien britannique n’aurait l’idée saugrenue de mettre en une Will Self, ou même Martin Amis. En France, au contraire, même la presse la plus résolument hostile à cette brochette d’intellectuels prend prétexte de leur dénonciation pour tenter d’enrayer la chute des ventes .

Lorsqu’une poignée de penseurs est ainsi plébiscitée par l’opinion lectrice, c’est qu’il se passe quelque chose. L’hypothèse la plus probable est qu’un courant d’idées, une sensibilité, qui se cherchait une expression, pense l’avoir trouvée.

En réalité, un couvercle avait été vissé sur une bouilloire . Une version française du politiquement correct des campus américains a longtemps servi à rendre illégitimes, dans l’espace public, certaines questions elles étaient réservées du coup à l’espace privé, où elles se déployaient de manière naïve. C’est ce qu’un jeune normalien, agrégé de philo, Laurent Fidès démontre assez bien dans un livre récent, intitulé Face au discours intimidant . Il y dénonce – je cite – « une idéologie dominante, qui domine sans parvenir à devenir majoritaire, sans convaincre. Mais convaincre n’a jamais été le but de l’idéologie, qui poursuit le contraire : le blocage des facultés de penser . » Sur des réalités déplaisantes, des mots avaient été jetés, afin d’empêcher de les voir.

Des nouveautés sociologiques retentissantes font également l’objet d’un semblable déni à coup de comparaisons historiques fallacieuses – et c’est l’un des artifices que dénonce le dernier livre d’Alain Finkielkraut, La seule exactitude. Il s’agit de « faire sagement rentrer l’impensable d’aujourd’hui dans le bercail du déjà-vu à coup de comparaisons fallacieuses avec le boulangisme, Barrès, Maurras, et « les heures les plus sombres… »

Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut Crédits : A Finkielkraut - Radio France

On perçoit aujourd’hui la panique des tenants de cette idéologie, qui voient contesté le contrôle qu’ils exerçaient jusqu’à une époque toute récente sur la libre circulation intellectuelle. L’époque est close où ces « vigilants » proclamés pouvaient encore mobiliser les réflexes moutonniers d’une intelligentsia enrégimentée dans le but d’ostraciser les mal-pensantsPierre-André Taguieff, à l’époque. Le même phénomène a cessé de fonctionner contre Alain Finkielkraut ou Michel Onfray. Comme le dit Pascal Bruckner, « on a basculé dans une ère nouvelle où les clercs pensent librement, sans allégeance à des partis . »

Fait principalement les frais de cette émancipation l’idéologie multiculturaliste . C’est d’autant plus douloureux pour une certaine gauche qu’elle en avait cru y déceler un substitut aux idéaux socialistes , abandonné depuis belle lurette. L’immigré y avait pris la place du prolétaire en tant que classe rédemptrice et réservoir électoral.

Le multiculturalisme est, en effet, attaqué de plusieurs côtés à la fois. De celui des penseurs républicains de tradition rousseauiste, qui dénoncent l’abandon du principe d’intégration et le risque d’atomisation du corps politique ; par une gauche laïque et féministe qui y voit le cheval de Troie de l’ultra-conservatisme islamiste enfin par les héritiers authentiques des Lumières, pour qui cette reconnaissance de droits collectifs particuliers contribue à enfermer les individus dans des communautés d’appartenance et leur dénie, au nom d’une « différence » largement imaginaire et socialement construite, le droit à l’émancipation individuelle .

Tenter de disqualifier tout questionnement portant sur l’échec des politiques d’intégration et les dérives intégristes, sur le désastre dans lequel se retrouve notre système d’éducation, sur l’incapacité de l’Etat à garantir la sécurité à tous les habitants du pays quel que soit leur lieu de résidence, en se contentant de traiter leurs auteurs de « réactionnaires » est risiblement inopérant. Sous le couvercle, l’eau bouillait. On ne le revissera pas de sitôt. Et c’est une bonne nouvelle pour les amis de la liberté de penser.

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