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Flexisécurité : ça coince

3 min
À retrouver dans l'émission

Cela fait maintenant 19 mois consécutifs que le chômage s’étend. Nous avons officiellement dépassé le seuil symbolique des 3 millions de chômeurs, mais si on intègre les personnes ayant renoncé à chercher un emploi, les 1 500 000 « chômeurs en activité réduite » recensés, c’est sans doute 15 % de la population active française qui se trouve aujourd’hui exclue du travail , appauvrie, humiliée.

Ce n’est pas une fatalité : en Allemagne, le chômage a atteint son plus bas niveau depuis la réunification, à 5,4 % il est de 5,5 % aux Pays-Bas, de 6,7 % en République tchèque, inférieur à 8 % en Suède, Finlande et Danemark. Cette catastrophe humaine et économique bien française a des causes sur lesquelles il n’est pas trop difficile de parvenir à un accord : elle est la conséquence directe du déclin de notre appareil productif , de moins en moins compétitif. Notre productivité globale stagne. Nos entreprises ont cessé de se moderniser. Notre niveau de qualification est insuffisant et le pourcentage de la population employée est trop faible, chez les jeunes et les séniors. On peut s’attendre, cette année à de nouvelles vagues de fermetures d’usines, de délocalisations, de plans sociaux.

L’été dernier, Mario Monti a fait adopter en urgence par le Parlement italien une audacieuse réforme du marché du travail, qui était encore plus bloqué et malthusien que le nôtre. L’Espagne, où le taux de chômage est encore plus désastreux, s’est, elle aussi lancée dans d’audacieuses réformes d’un marché du travail, cadenassé sous Franco.

Pendant la campagne électorale, la gauche a nié que la France ait un problème de coût du travail. Le gouvernement l’admet aujourd’hui. Durant des décennies, les gouvernants, de droite comme de gauche, ont également nié que les difficultés particulières que rencontrent les entreprises françaises à licencier soient l’une des causes de notre taux élevé de chômage. François Hollande est peut-être le premier de nos dirigeants politiques à avoir reconnu, lors de ses vœux de nouvel an, la nécessité de « conjurer deux peurs : la peur du licenciement, pour les salariés , et la peur de l’embauche, pour les employeurs ».

Lutter pour l’emploi, c’est favoriser la création de postes de travail nouveaux et non tenter de maintenir les emplois existants là où ils sont de toute façon condamnés.

Pour créer des emplois, le gouvernement mise sur les Contrats de génération qui permettront peut-être d’embaucher 100 000 jeunes, tout en permettant le maintien au travail d’autant de seniors. Mais il a aussi incité les partenaires sociaux à négocier une flexisécurité à la française . L’équation paraît simple : donner plus de flexibilité aux entreprises, afin qu’elles puissent faire varier le temps de travail de leurs salariés, voire adapter leurs effectifs, en fonction du niveau d’activité en échange, sécuriser les salariés qui perdent leur emploi, afin qu’ils soient assurés de bénéficier d’indemnités décentes, d’une formation adéquate et d’un suivi efficace jusqu’à une nouvelle embauche, sans perdre leurs droits sociaux, tels que la complémentaire santé.

Parce qu’il est social-démocrate, le président de la République a voulu manifester sa confiance envers les partenaires sociaux ; il leur avait fixé la fin 2012 pour parvenir à un accord. Jusqu’à présent, celui-ci s’est révélé impossible. Ils doivent se revoir une dernière fois jeudi et vendredi. Mais le temps presse. Et si le blocage persiste, il faudra que le gouvernement assume ses responsabilités et débloque lui-même la situation. S’il venait à y manquer, ce manque de courage politique se traduirait par de nouvelles hausses du chômage…

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