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France métropolitaine versus France périphérique

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Toute la pluie tombe sur moi, pourrait chanter François Hollande, responsable suprême de nos destinées. Notre pays connaît une crise financière, avec un déficit que les augmentations d’impôts ne parviennent pas à réduire. Il subit une crise économique, avec une croissance qui demeure désespérément au point mort. Il traverse une crise politique, puisque le gouvernement n’a plus la majorité de sa politique. Que pourrait-il encore nous arriver ? doivent penser le président et son premier ministre. Une crise sociale. Or, elle nous pend au nez, si vous on suit bien, Christophe Guilluy.

Les « catégories populaires », pour utiliser votre terminologie, englobent une forte majorité de la population vous la chiffrez à 61 %. Or, ces catégories populaires sont les laissés-pour-compte de la mondialisation.

Vous décrivez l’opposition entre une France des grandes métropoles urbaines dynamiques , et une autre France, périphérique, où se concentrent les catégories populaires traditionnelles. La première est à l’aise dans ses baskets, bien insérée dans la mondialisation. Y cohabitent assez harmonieusement une population de cadres hyper-mobiles, se déplaçant au gré des opportunités de carrière, et une population d’immigrés récents qui trouve à s’employer dans les services à la personne et bénéficient de l’attention des pouvoirs publics.

Contrairement à une idée reçue, les cités ne sont pas des lieux de relégation , mais des lieux de transit. Elles accueillent les primo-arrivants. Leurs enfants, grâce à la proximité des universités de la métropole toute proche, sauront souvent faire leur chemin dans la société française. Ils quitteront alors la cité, afin d’éviter à leurs enfants les mauvaises rencontres.

La France périphérique , au contraire, voit les entreprises faire faillite et les services publics déserter les petites villes. Elle accueille des populations fragilisées, chassées des métropoles par le prix des logements et désireuse d’éviter la cohabitation avec les immigrés des HLM. Cette France-là n’est pas mobile et nomade. Au contraire, elle veut faire village, renouer avec des formes de sociabilité rassurantes et revendique son ancrage territorial. En outre, elle est condamnée à une certaine sédentarité : les déplacements coûtent cher et ses revenus sont modestes. Cette France, contrairement à celle des élites et des gagnants de la mondialisation, n’est favorable ni à la mondialisation, ni au libre-échange, ni à l’immigration. Et elle est au bord de la crise de nerfs, parce qu’elle a le sentiment de n’être ni représentée, ni entendue.

Vous décrivez un système politique en porte-à-faux, hors sol , qui mime encore un affrontement droite/gauche alors qu’il ne conserve son sens que pour les retraités et les professionnels de la politique. Pour vous, le vrai clivage passe désormais entre la France des métropoles et la France périphérique. Et vous nous présentez un Front national qui aurait été comme « détourné » par les ouvriers et les chômeurs afin d’en faire le vecteur politique de leur exaspération. C’est parce qu’il est devenu – quel paradoxe ! – le véritable « parti de la classe ouvrière », que le FN se serait converti aux thèses social-étatistes.

Vous accusez les partis de gouvernement d’entretenir une représentation fausse et datée . Ils seraient prisonniers de l’illusion selon laquelle la tendance serait encore à la « moyennisation », alors que la classe moyenne a implosé. Vous les accusez d’hypocrisie : tous n’ont à la bouche que le discours républicain, mais chacun cible un électorat en fonction de critères ethniques ou religieux bien précis . Ainsi expliquez-vous que si le gouvernement Ayrault n’a pas cédé aux « manifs pour tous » sur le mariage homosexuel, c’est parce qu’il sait bien que le vote de la bourgeoisie catholique de l’Ouest parisien est acquis à la droite. Mais s’il a reculé rapidement sur les ABC de l’égalité, c’est parce qu’il a compris qu’il était en train de perdre le vote conservateur musulman qui s’était porté sur François Hollande en 2012…

Permettez-moi trois critiques : la première, vous accusez l’INSEE de gonfler artificiellement la population urbaine, mais vous-même pouvez tomber sous le coup d’une accusation du même genre, lorsque vous additionnez sous le label de « France périphérique » les agglomérations modestes, le réseau des villes moyennes, l’ensemble des espaces ruraux et les couronnes périphériques.

La seconde, on a la nette impression en vous lisant que ce que vous entendez par « catégories populaires », correspond à ce qu’on appelle de plus en plus souvent les « petits blancs ». A vos yeux, les « catégories populaires » ne peuvent-elles pas avoir la peau foncée ?

Enfin, en opposant le pays réel – celui qui souffre et qui déserte les partis de gouvernement et le pays légal – les partis sclérosés dont proviennent encore les élites gouvernementales, n’apportez-vous pas à l’extrême droite une caution intellectuelle dont ses médias ne manquent pas de se vanter, en vous citant ?

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