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Gauche gouvernante et sécurité

3 min
À retrouver dans l'émission

Le procès en laxisme qui est fait par la droite à la gauche en matière de sécurité est-il fondé ? Ca dépend.

Il est vrai qu’une partie de l’intelligentsia de gauche, universitaires résidant dans d’autres départements que ceux qu’ils étudient, journalistes prompts à traquer la bavure policière, mais ayant pris leur parti des violences que subissent les forces de l’ordre, baigne encore dans « la culture de l’excuse ». Aux yeux de certains d’entre eux, la délinquance a un sens politique : elle constitue une réponse à une situation d’injustice sociale. Dans la mesure où elle s’attaque prioritairement aux biens, donc à la propriété, elle doit être considérée dans une optique de luttes des classes et donc de réappropriation… Tant que l’ordre social sera injuste, tant qu’existeront l’exclusion, le racisme, le chômage, la société doit s’attendre à être ainsi contestée. Les politiques sécuritaires visent systématiquement les quartiers populaires et les populations issues de l’immigration, ajoutent les tenants de ce courant. Elles sont anti-populaires et racistes , et par conséquent étrangères à la culture de gauche. En outre, la notion de responsabilité individuelle est considérée comme une notion libérale, que relaie une justice bourgeoise.

Un autre courant, libéral ou libertaire, dénonce dans la « politique sécuritaire », une « volonté de punir », un « populisme punitif » qui menacerait de rompre le fragile équilibre entre sécurité et liberté. Ce courant relaie les pensées critiques des années 70, pour lesquelles le contrôle social , toujours plus développé par les progrès technologique, ne cesserait de mettre en péril l’autonomie individuelle.

Mais la gauche politique, la gauche de gouvernement , celle qui affronte le suffrage électoral, exerce des responsabilités municipales et tente de répondre à la demande des citoyens a fait, sur ces questions, son aggiornamento depuis longtemps.

On peut dater ce tournant avec précision : il remonte au colloque de Villepinte , organisé par Lionel Jospin, récemment nommé premier ministre socialiste, en octobre 1997, sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement. Tournant conceptuel majeur : la gauche politique, la gauche de gouvernement découvre que les principales victimes de la délinquance et de la violence sont les catégories populaires qu’elle prétend incarner et défendre. La sécurité est reconnue comme un droit auquel tous les citoyens devraient avoir un égal accès . Il en va de la cohésion sociale. Il y bien sûr, une idée politique : ne pas laisser à la droite le monopole des discours sur la sécurité, qui séduisent un nombre croissant d’électeurs.

Les membres du gouvernement actuel ont beaucoup critiqué les discours sécuritaires de Nicolas Sarkozy ils ont dénoncé l’empilement de lois de circonstances, adoptées dans l’urgence, à l’occasion de faits divers. Mais la dénonciation des prédécesseurs ne constitue pas une politique , sinon en creux. Y a-t-il donc oui ou non une politique de sécurité de gauche qui divergerait substantiellement de celle de la droite ? Ou les différences ne sont-elles que techniques ? Pour l’instant, ce qui semble se dessiner, avec Manuel Valls place Beauvau, c’est un redéploiement de certains effectifs policiers au bénéfice des certains quartiers labellisés « zones de sécurité prioritaire » « créer des outils adaptés aux besoins locaux », comme le résume Jean-Jacques Urvoas, le président socialiste de la Commission des Lois de l’Assemblée nationale.

Mais une partie de l’électorat de gauche risque de ressentir une certaine frustration à constater que la politique de Manuel Valls ne diffère pas radicalement de celle de ses prédécesseurs . « Cher François, on n’a pas voté pour ça… » écrivait la nouvelle directrice de la rédaction des Inrocks en août… Et en effet. Après la rigueur budgétaire, la rigueur policière ?

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