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Gaz de schiste, la France "bénie des dieux"

3 min
À retrouver dans l'émission

Le ministre des finances vient de l’annoncer, je le cite : « Nous discutons actuellement d’un nouveau régime fiscal généreux, pour encourager le gaz de schiste, afin de rester compétitifs vis-à-vis des Etats-Unis . » Des incitations fiscales à l’exploitation des gaz de schiste, tels que ceux qui favorisent l’installation d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques ? Allons, rassurez-vous, les écologistes, il ne s’agit pas de Pierre Moscovici. Non, ce n’est pas du ministre français des finances qu’ il s’agit. Encore moins du ministre des finances allemands, même si celui-ci a tendance, ces temps-ci, à s’inquiéter de l’envolée de la facture électrique de l’Allemagne, pour cause de « tournant énergétique ». Mais des élections ont lieu l’an prochain, chez nos voisins, et la chancelière chrétienne-démocrate est prête à former une coalition avec les Verts, actuellement crédités de 15 % des intentions de vote.

Non, le ministre des finances en question, c’est le Britannique George Osborne.

Chez nous, c’est un sujet qui est resté longtemps absent du débat public, mais il est en train d’y faire une percée : l’Amérique du Nord – tant les Etats-Unis d’Obama que le Canada ont mis en exploitation leurs énormes réserves de gaz et de pétrole non conventionnels. C’est une révolution dans le domaine de l’énergie elle a déjà et elle aura des conséquences auxquelles nous ferions bien de réfléchir.

Parce que les Etats-Unis , qui sont déjà les premiers producteurs de gaz au monde, vont devenir, dès la fin de cette décennie, les premiers producteurs de pétrole , en passant de 8 millions de barils par jour aujourd’hui à 12 millions 2020. Ils vont cesser complètement de dépendre des approvisionnements pétroliers du Golfe persique. Et cela ne sera pas sans incidence sur leur diplomatie. Il n’y aura plus de « guerre pour le pétrole ». Ou plutôt, assurer la liberté de circulation des voies maritimes entre Golfe persique et canal de Suez ne sera plus de leur ressort, mais de celui des importateurs de pétrole que nous sommes, nous les Chinois, et les Européens, en particulier. En aurons-nous la volonté et les moyens ?

Ensuite, parce que l’énergie bon marché fournie aux entreprises par ce nouveau moyen n’est pas pour rien dans la réindustrialisation menée avec succès par Obama, et elle explique en partie les « relocalisations » dont les Etats-Unis bénéficient en ce moment.

Entre parenthèse, le fameux « peak oil » , que le Club de Rome prévoyait aux alentours de 1980, que l’on à nouveau cru venu à la fin des années vers 2008, semble reculer toujours plus , grâce à de nouvelles techniques d’extraction. Mais celles-ci se révèlent de plus en plus problématiques.

C’est vrai, l’exploitation des gaz de schistes par la technique du forage directionnel horizontal et d’hydrofracturation est polluante . En particulier parce qu’elle nécessite l’usage de millions de litres d’eau, auxquels on ajoute des produits chimiques dont nul ne sait s’ils ne vont pas se répandre dans les nappes phréatiques, si les puits ne sont pas suffisamment étanches. En outre, les roches fracturées par ce procédé libèrent des substances toxiques.

Alors oui, il faut faire preuve de prudence. Mais un pays comme le nôtre, qui recèlerait 100 fois sa consommation annuelle de gaz dans son sous-sol, peut-il renoncer absolument à toute exploration ? Pouvons-nous à la fois fermer des centrales nucléaires, renoncer à toute forme d’exploitation des gaz non conventionnels et prétendre réduire nos émissions de CO² ? Des entreprises françaises, comme Total, Vallourec ou Solvay sont en pointe dans cette technologie. Toute sorte de bons esprits, comme Louis Gallois et Michel Rocard plaident pour que notre pays ne referme pas la porte d’une exploitation raisonnable des énormes réserves énergétiques que nous avons sous nos pieds. On sait qu’au sein même du gouvernement, Arnaud Montebourg ou Alain Vidalies le souhaitent. Mais il s’agit là, pour les écologistes, qui l’ont fait savoir, d’un casus belli.

La logique politicienne doit-elle l’emporter sur celle de l’industrie ?

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