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Grâce à Poutine, l'OTAN prend conscience qu'elle sert à quelque chose

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On commençait à se demander à quoi pouvait bien servir encore l’OTAN. Hé bien, grâce à Vladimir Poutine, maintenant on sait.

Lorsque l’Union soviétique s’effondra, en 1991, beaucoup se demandèrent si le moment n’était pas venu de dissoudre une organisation qui avait pour but d’offrir aux Etats d’Europe occidentale, menacée par l’URSS, la protection américaine. En l’absence d’adversaire déclaré, cette alliance défensive semblait obsolète. Et pourtant, on remarqua que les anciennes démocraties populaires, débarrassées de la tutelle soviétique, désiraient ardemment rejoindre la famille atlantique – avant même d’être admis dans le club européen, pour les Tchèques, les Hongrois et les Polonais, qui intégrèrent l’OTAN en 1999. Les Bulgares, Roumains, Slovaques et Slovènes en 2004 – avec les 3 petites républiques baltes, qui avaient appartenu à l’URSS, à la suite de leur annexion par Staline, en 1944.

Au sommet de l’OTAN d’avril 2008, à Bucarest, certains membres appelèrent, contre l’avis de la France et de l’Allemagne, à envisager l’intégration de la Géorgie et l’Ukraine, qui se sentaient menacées par la Russie . Le ministère russe des Affaires étrangères russe fit savoir alors que cela ne serait pas toléré par Moscou, la Russie considérant cette nouvelle expansion, à ses frontières, comme une « menace directe pour sa sécurité ». Et en août de la même année, Vladimir Poutine administrait la preuve de sa détermination en attaquant la Géorgie et en occupant les deux régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. La création d’entités séparées et leur prise de contrôle par Moscou est désormais le régime auquel sont soumis les Etats que la Russie considère comme appartenant à son « pré carré » et qui se rebellent contre sa tutelle. La Moldavie en a fait l’expérience, avec la création du minuscule Etat-fantoche de Transnistrie.

Vladimir Poutine rêve d’opposer à l’Union européenne et à l’OTAN, sa propre organisation régionale intégrée, tant sur la plan économique, que diplomatique voire militaire. C’est pourquoi il a exercé de fortes pressions sur l’ex-président ukrainien Yanoukovitch, afin de lui faire renoncer aux négociations avec l’Union européenne. La majorité des Ukrainiens désirant ardemment un ancrage européen qui signifie pour eux l’importation de normes réellement démocratiques de gouvernement, s’en est suivie la révolution de Maiden, à Kiev et le départ en exil en Russie de Yanoukovitch. Réaction de Poutine : l’annexion de la Crimée et la mise en train de mouvements séparatistes pro-russes dans l’est et le sud-est de l’Ukraine, avec l’appui de forces militaires russes conséquentes - dont l'existence est niée avec une mauvaise foi confondante.

Actuellement, les autorités russes planchent sur la création d’un nouvel Etat fantoche, la Novorossiya dont nul ne connaît avec précision les limites occidentales, mais qui risquent d’être dessinées par les troupes russes et leurs alliés sur place. De toute évidence, Moscou est en train de tester la détermination des Occidentaux.

Pour l’instant, l’OTAN se refuse à toute intervention directe dans le conflit entre le gouvernement de Kiev et celui de Moscou. Sa réaction se limite à la création d’une force de déploiement rapide de 4 000 hommes, capable d’être déployée en 48 heures, en cas de menace sur les pays baltes. Mais certains commentateurs sont alarmistes. Ainsi, l’historienne Anne Applebaum, écrit dans le Washington Post que l’été est beau comme celui de 1939 et que nous vivons dans la même illusion de paix. Elle cite les propos du président du parti libéral-démocrate Vladimir Jirinovski selon lequel la Russie devrait utiliser l’arme nucléaire contre la Pologne et les Baltes, ces « Etats nains ».

De son côté, David Ignatius estime que l’audace de Poutine, comme celle de l’Etat islamique en Irak s’explique d’abord par la faiblesse de Barak Obama. « Il parle comme s’il s’adressait à un monde rationnel, alors qu’il est habité par des leaders comme Vladimir Poutine. » Il aurait dû se décider plus vite en Syrie, écrit-il. Cette fois ne doit pas tarder avant d’offrir à la Pologne et aux Etats baltes le signal d’une protection décisive. Nous verrons bien ce qui sortira du sommet de l’OTAN.

Mais dans l’immédiat, François Hollande fait preuve de fermeté en bloquant la vente à la Russie de deux navires de guerre, malgré les enjeux commerciaux que comporte ce gros contrat. Vladimir Poutine, ancien colonel du KGB, a dû méditer la fameuse phrase de Lénine : « les impérialistes sont si bêtes qu’ils nous vendront la corde pour les pendre. » Ca ne marche pas toujours….

Poutine n'est pas irrationnel. il poursuit un rêve : le recréation de l'Union soviétique et c'est un bon joueur d'échecs ; il a constamment un coup d'avance sur les Occidentaux. Mais à force d'inquiéter l'Europe, il va finir par ressusciter la guerre froide. Plus les Etats européens sont voisins de la Russie, plus ils sont inquiets et réclament à l'OTAN et aux Américains de les rassurer. Mais Barak Obama leur fera remarquer, au Pays de Galles, que les Etats-Unis assument, à eux seuls, 72 % des dépenses militaires de l'Alliance atlantique et que seuls, le Royaume Uni, la Grèce et l'Estonie respectent l'objectif de 2 % du PIB consacré à la défense. Si les Européens veulent garantir leur sécurité, ils doivent y contribuer eux-mêmes davantage.

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