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Grand plan, verrous et trompe-l'oeil

6 min
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Il y a du malentendu dans l’air. Bien des gens croient voir dans le Plan d’investissement à 10 ans du gouvernement la concrétisation de leurs rêves d’autrefois. Le « parti industriel » imagine déjà se lever l’aube de cette « autre politique » qui passerait par la mise en couveuse de futurs « champions nationaux », dopés à la commande et à la subvention publiques, dirigés par des hauts fonctionnaires, habités par le souci de l’intérêt général et plein de mépris pour les basses préoccupations de profitabilité, qui sont le triste sort du privé… La revanche, en somme, de Chevènement sur le tournant de la rigueur de 1983.

Les keynésiens intégristes , se réjouissent de voir l’Etat renouer avec la dépense qu’ils chérissent ; à leurs yeux, la langueur de notre économie tient à ce que le déficit budgétaire soit encore très insuffisant. N’oublions pas qu’ils baptisent « politique de rigueur », une dépense publique qui absorbe 57 % du PIB et un Etat dont le budget restera, cette année, en déficit de 4 % de PIB… Alors, oui, 12 milliards d’euros de dépenses nouvelles, cela leur semble une bonne chose. Un premier pas sur la voie de ces grands travaux rooseveltiens dont ils rêvent…

Les écologistes aussi se font quelques illusions. Ayant perdu l’un de leurs strapontins ministériels, ils pensaient être droit d’obtenir quelques compensations programmatiques. La mise en avant de « l’éco-conditionnalité » parmi les critères d’éligibilité pour les projets susceptibles de toucher des subventions les remplit d’aise. Et ils ont obtenu 2,3 milliards pour la transition énergétique et la rénovation thermique. Maigre compensation pour une relance, par Arnaud Montebourg, du débat sur l’exploitation – oh, « écologique », bien sur - des gaz de schistes…

Illusions, parce que l’Etat est à cours d’argent. Endettés comme nous le sommes, nous n’aurions aucune chance de lever les fonds nécessaires à un vaste programme de dépenses dites d’infrastructure. Il vaut la peine de de relire un texte d’une grande lucidité, publié sur le site Slate en juin 2009, et consacré au Grand emprunt de 35 milliards que venait d’annoncer Nicolas Sarkozy, alors président de la République. « Qu’importe l’intention politique », écrivait l’auteur, « ce grand emprunt s’analysera pour ce qu’il est : une nouvelle dette pour prendre en charge un nouveau déficit, plus large encore que le précédent. Le grand emprunt d’aujourd’hui prépare les grands impôts de demain . Les générations suivantes paieront et pour longtemps le laxisme budgétaire que l’on aura ainsi autorisé – car les dépenses nouvelles, quelles que soient leur pertinence, ne dégageront pas une rentabilité suffisante pour absorber les charges d’intérêt. »

L’auteur de ce texte est l’actuel président de la République, François Hollande .

On comprend dès lors l’extrême prudence du Plan Hollande-Ayrault. Il présente de nombreux verrous et pas mal de trompe-l’œil. Il ne constitue ni un regain des « politiques industrielles » d’antan, ni une fuite en avant dans l’emprunt.

Verrous : tout est fait pour éviter l’habituel saupoudrage de crédits, obtenus en fonction du poids politique à Paris des grands barons locaux comme aussi l’arraisonnement par des bureaucraties ministérielles qui auraient pu y voir un moyen de compenser les baisses de leurs dépenses. La pertinence des projets est évaluée par un comité de pilotage indépendant. Des évaluations régulières permettent de mesurer l’efficacité des crédits – et éventuellement, de mettre fin au financement.

Quant aux crédits eux-mêmes, il s’agit, en bonne part, de fonds déjà dégagés par le Grand emprunt sarkozyste – 35 milliards tout de même – abondé d’une douzaine de milliards supplémentaires, qui devraient provenir, cette fois, des ventes de participations de l’Etat dans des entreprises publiques. En outre, les fonds sont décaissés avec une prudence de notaire : ce sont les intérêts de capitaux placés qui sont, pour l’essentiel, distribués. Il faut savoir qu’à l’heure qu’il est, sur les 35 milliards du Grand emprunt sarkozyste, seulement 1/6° a été réellement distribué. Quant au Plan Hollande-Ayrault, il ne devrait avoir de conséquences financières directes qu’en toute fin de quinquennat.

Ce qui reste difficile à savoir, c’est si l’ensemble de petites initiatives dispersées, prises par les gouvernements Fillon, puis Ayrault, pour soutenir l’investissement des entreprises industrielles - Fonds Stratégique d’Investissement, Oséo, Crédit d’impôt compétitivité emploi, plan Robotique, modernisation des hôpitaux, et maintenant Plan d’investissement sur 10 ans -, vont trouver une vraie cohérence. Et enfin se pose la question de l’efficacité de ces mesures pour la montée en gamme de ces entreprises et leur reconquête des marchés internationaux … Je note qu’un économiste comme Patrick Artus y voit surtout des effets d’aubaine pour les entreprises qui avaient la volonté et les moyens d’investir. Et un effort très insuffisant pour les autres.

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