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Grèce : faillite financière et politique

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Dans le Financial Times de lundi, traduit et repris sur le site Press Europe, Gideon Rachman estime que l’aggravation de la crise grecque sera le premier défi à relever pour le nouveau président français.

Soit François Hollande prend la tête de l’Europe du Sud rebelle et conteste l’orthodoxie financière allemande, soit il fait front avec la chancelière pour exiger d’Athènes l’adoption des nouvelles mesures de rigueur exigées par l’Union européenne et le FMI en échange d’une nouvelle tranche d’aide financière. S’il décidait d’organiser un front anti-allemand , poursuit l’éditorialiste, il prendrait le risque inacceptable de mettre en danger toute la fragile construction européenne, et de désigner la France comme un autre de ces « pays du Sud », en situation de décrochage économique. Et c’est pourquoi il ne le fera pas, estime le FT. Mais après ses discours contre la « fatalité de l’austérité », il ne peut pas non plus s’aligner purement et simplement sur la politique allemande, qui ne veut connaître qu’un seul objectif : le retour à l’équilibre des finances publiques, à n’importe quel prix.

Or, le coût de ces politiques commence à devenir très élevé. C’est le sens du vote grec de dimanche dernier.

Significativement, les électeurs de la plus ancienne démocratie du monde ont lourdement sanctionné les deux partis de gouvernement qui se succèdent au pouvoir depuis la chute du régime des colonels en 1974. Nouvelle Démocratie (droite) et PASOK (socialistes) atteignent à peine le tiers des suffrages à eux deux, alors qu’ils recueillaient, voire dépassaient, couramment les 80 % autrefois. La nouvelle extrême-gauche, Syriza, avec 16,7 %, dépasse le vieux PASOK, qui tombe à 13,1 %. Les néo-nazis font leur entrée au Parlement avec 21 députés.

Les deux partis de gouvernement paient la politique d’austérité imposée aux Grecs, qui ont vu leur niveau de vie s’effondrer. Mais ils paient aussi pour des décennies d’incompétence et de corruption qui ont vu les gouvernements créer des emplois en surnombre dans la fonction publique afin de s’acheter des clientèles électorales, placer leurs copains dans des sinécures juteuses. Ce fut particulièrement le cas depuis la création de l’euro, qui a permis à l’Etat grec de financer ses déficits à des taux allemands. Aujourd’hui, c’est aux jeunes générations qu’est présentée la facture alors qu’elles n’ont pas bénéficié de ces époques d’argent facile et de croissance insoutenable et qu’elles arrivent sur un marché du travail qui ne crée plus guère d’emplois.

Les adeptes grecs de la politique du pire s’imaginent que la décomposition du système politique, le risque d’affrontements violents entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite (que la police, démoralisée, n’a pas les moyens sérieux d’empêcher), va amener le Fmi et l’Union européenne à assouplir leurs exigences. Mais c’est un poker dangereux : Berlin pourrait être tenté de lâcher Athènes le Bundestag n’est pas disposé à lever de nouveaux impôts sur une société qui a consenti de sérieux sacrifices pour doper la compétitivité de son industrie, afin de secourir, une fois de plus, un Etat grec incapable de lever les siens.

Dans le quotidien Kathimerin i, Alexis Papachelas écrivait hier : « Nous devons nous attendre à des jours et des mois difficiles. Il en va toujours ainsi quand un système pourri s’effondre sans pouvoir être remplacé. Il en va toujours ainsi quand un peuple atteint soudain la maturité après quelques décennies de vie facile. Dimanche, ce peuple a tout mis sens dessus dessous. Il attend maintenant de voir si quelqu’un est capable de remettre un peu d’ordre. »

On parle de nouvelles élections à la mi-juin. Bien des commentateurs considèrent à présent qu’une sortie de la Grèce de l’euro va devenir inéluctable. Le pays renoncerait aux 174 milliards d’euros d’aide promise, et se déclarerait en banqueroute , cessant aussitôt de pouvoir emprunter. Cette issue est ouverte à la Grèce puisque son solde primaire est proche de l’équilibre. Alors, pourquoi pas ?

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