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Guerre d'Algérie, mémoires conflictuelles

3 min
À retrouver dans l'émission

Lors de la rentrée scolaire 2006, a été introduit dans les lycées, un Manuel d’histoire commun franco-allemand . Un vieux rêve des politiques de nos deux pays, mis en musique à grand peine par un groupe d’historiens venant des deux côtés du Rhin. 3 volumes couvrant respectivement l’Empire de Charlemagne, la Renaissance, la Révolution et le romantisme, pour le premier, destiné aux élèves de seconde Bismarck, la III° République et les deux guerres mondiales, en classe de première l’histoire de l’intégration européenne, pour celle de terminale. Je ne crois pas que ce manuel ait rencontré un grand succès. Mais enfin, il existe.

Du côté franco-algérien, on doit bien sur citer l’extraordinaire documentaire Guerre d’Algérie, la déchirure , diffusé sur France 2 en mars extraordinaire dans la mesure où avec son réalisateur, Gabriel Le Bomin, vous vous êtes astreint, Benjamin Stora, à donner la parole à tous les acteurs concernés, de manière impartiale. Mais le jour où un manuel d’histoire franco-algérien pourra être rédigé en commun par des historiens venus des deux côtés de la Méditerranée, ce jour-là est encore loin.

On a déjà observé que, en France même, nous avons été incapables de nous mettre d’accord sur une date anniversaire de commémoration de la fin de cette guerre, qui aura mis une quarantaine d’années à être officiellement reconnue comme telle.

Le gouvernement défendait la date du 19 mars 1962, correspondant au cessez-le-feu , consécutif aux Accord d’Evian. Mais les Franco-Algériens auraient préféré le 17 octobre 1961 , date de la répression sanglante de la manifestation du FNL contre le couvre-feu imposé aux Algériens de Paris, au cours de laquelle 200 d’entre eux ont été tués par la police les policiers, qui avaient subi 11 assassinats au cours de l’été précédent, avaient, semble-t-il, reçu du préfet de police, Maurice Papon, une sorte d’autorisation de tuer. La mémoire communiste retient, quant à elle, la date du 8 février 1962. La manifestation du métro de Charonne contre l’OAS, qui plastiquait les appartements des militants soupçonnés d’apporter leur aide aux indépendantistes algériens. Elle a fait 9 morts. Sans oublier la mémoire des vaincus, en l’occurrence celle des partisans de l’Algérie français, qui semble fixée sur la date du 26 mars 1962, celle de la fusillade de la rue d’Isly à Alger : l’armée française mitraille une manifestation de civils désarmés, causant parmi eux une soixantaine de morts. Les pieds-noirs comprennent que l’armée française a reçu l’ordre de les abandonner. Quant au gouvernement algérien issu de l’indépendance, aucune de ces dates ne lui convient. Pour Alger, la date historique est celle de la proclamation de l’Indépendance, le 5 juillet 1962.

On le voit, soixante ans après, les mémoires sont encore à vif. Peut-être est-ce d’avoir subi une si longue occultation, une si sévère censure. Voir la Guerre sans nom de Patrick Rotman et Bertrand Tavernier de 1991. Il y a tant de mauvaise conscience, de tous les côtés. Il y eut tant d’abandons, de trahisons, de tortures, de massacres… Le risque le plus évident est celui d’un repli de chaque communauté sur ses propres blessures, sur sa propre mémoire, entrant en compétition avec celle des autres . Chacune aspirant au titre de victime entre les victimes, de victime la plus innocente.

Par chance, cette année est celle de l’ouverture des archives concernant la guerre d’Algérie , en application de la loi de juillet 2008. Plus la lumière se fera sur toutes les dimensions de ce vieux et cruel conflit, plus seront grandes les chances de parvenir enfin à un récit partagé de la guerre d’Algérie. Quelles en sont les chances ?

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