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Guerre de civilisation (contre la barbarie)

4 min
À retrouver dans l'émission

Le même jour, 38 touristes abattus sur la plage de Sousse, en Tunisie, un petit patron égorgé en Isère, lors d’une tentative d’attentat contre une usine fabriquant des gaz, 27 morts dans une mosquée chiite au Koweït… « Nous sommes en guerre, écrit Kamel Daoud. Il faut se réveiller. Il faut le comprendre: il y a nous, il y a eux, Daech&co. Il faut se réveiller à la guerre, s'avouer que ces gens-là sont ici, parmi nous, dans nos pays; que leurs idées et leur argent viennent d'un pays qui s'appelle l'Arabie Saoudite et ses satellites et qu'ils veulent nous tuer et détruire nos traces et nos murs. Il faut se réveiller, se battre, prendre les armes, frapper en premiers, avant eux. Les chasser et les pourchasser et ne pas attendre que nos régimes le fassent car ils ont peur d'eux (…) C'est une guerre. Ceux qui ne l'ont pas compris, vont mourir. Le monde est en guerre. »

Les intellectuels algériens, comme Kamel Daoud, ont payé au prix fort – 200 000 morts – la folie meurtrière de l’islamisme. Il faut les écouter, quand ils nous disent : « le monde est en guerre ». Car le péril n’est plus confiné à ces pays un peu lointains du Moyen-Orient ou d’Afrique sur les malheurs desquels nous avons lâchement préféré fermer les yeux. Il vient de fermer au tourisme la malheureuse Tunisie, coupable de démocratie. Mais il est des quartiers de Toulouse où Mohamed Merah est « une idole absolue», selon Alex Jordanov, qui vient de consacrer un livre au tueur de Toulouse et de Montauban.

Il faut incriminer surtout notre propre aveuglement et notre propre lâcheté, si l’on en croit Alexandra Laignel Lavastine. Dans une interview au Figaro Vox, l’auteur de La pensée égarée, qui était notre invitée le mois dernier, met en cause la nouvelle « trahison des clercs » qui a contribué à « empoisonner les esprits ». Elle attaque – je cite – « des élites passées maîtresses dans l’art positif et méthodique de se crever les yeux face à la montée du fondamentalisme musulman le plus agressif et le plus rétrograde, au motif que le Mal – la haine, la terreur, l’obscurantisme – ne saurait surgir de ce qu’elles croyaient être le camp du Bien, celui des damnés de la terre. Ce catéchisme binaire et rance, qui remonte au tiers-mondisme des années 60 et qui consiste à opposer par paresse un monde européen – forcément coupable – à un monde musulman - ontologiquement innocent -, est tout à fait obsolète. L’ensemble des musulmans éclairés nous le répètent à longueur de journée eux dont nous relayons bien peu la parole, alors qu’il s’agirait d’épouser leur combat, comme celui des dissidents du bloc soviétique. »

Et Laignel Lavastine de poursuivre, en accusant « ces esprits faux , devenus littéralement fous, qui mettent en garde, non pas contre la barbarie djihadiste, mais contre « le triomphe du Parti de l’ordre » …. Comme si le danger provenait non pas de notre faiblesse, mais d’une tentation autoritaire – que l’opinion ne réclame pas et que personne, dans la classe politique, ne lui propose.

Pourtant le déni, l’aveuglement, le mensonge font bel et bien le lit des populismes dans toute l’Europe. La thèse des « loups solitaires » ne tient pas la route. Celle des « déséquilibrés » fonçant en voiture sur la foule à Noël non plus. Transformer une décapitation en conflit du travail, comme tentent de le faire certains médias, est une insulte à la victime .

Chaque fois que ces versions ridicules finissent par se dégonfler, les citoyens des démocraties ont le sentiment qu’on leur a menti. Ils se demandent dans quel but. Et ils perdent confiance. Pourtant, si nous voulons gagner cette guerre, ce qu’il nous faut, c’est une unité nationale sans faille et un pouvoir qui sache inspirer confiance par sa détermination. Pour Manuel Valls, je le cite, «la lutte contre le terrorisme, le djihadisme et l'islamisme radical est une guerre de civilisation que nous ne pouvons pas perdre ». Et la bien-pensance de se récrier. Comme si le premier ministre avait confondu les barbares de Daech avec la civilisation arabo-musulmane qu’ils défigurent.

Nos démocraties ont mené – et gagné - bien des guerres dans le passé sans renier leurs principes. Tocqueville le relevait déjà, parce qu’elles n’aiment pas qu’on les dérange, elles sont lentes à rendre les coups, mais comme l’écrit Raymond Aron, « Les démocraties poursuivent les guerres jusqu’à l’écrasement de l’ennemi, parce qu’elles les arrêtent aussi difficilement qu’elles les commencent . » ( Raymond Aron : Une histoire du XX° siècle, p. 368).

Mais l’islamisme radical et terroriste peut-il être vaincu ?

« Aucune sorte de paix ne peut être conclue avec les combattants de la foi, on peut seulement les rendre inoffensifs »

Max Weber, Ecrits politiques 1895-1919, p. 487

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