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Harlem Désir : habemus papam

3 min
À retrouver dans l'émission

Quelle est la différence entre la désignation d’un pape et celle d’un premier secrétaire du Parti socialiste ? Dans le premier cas, on enferme dans la chapelle Sixtine, une bande de vieux cardinaux, venus des quatre coins de la planète, sans poste de télé, sans sans téléphone portable, sans tablette numérique, ni rien du tout – juste l’Esprit saint qui les guide dans le choix de celui d’entre eux, promis à une prochaine infaillibilité. Cet isolement est destiné à hâter le processus. Le contenu des délibérations est top secret, mais la théologie ayant longtemps tenu lieu de politique – souvenez-vous des jansénistes -, les initiés savent que se forment des coalitions, que se nouent des alliances . On peut imaginer ainsi que les cardinaux néo-thomistes polonais soutiendront un adepte de la théologie narrative, pour empêcher l’élection d’un Salvadorien, soupçonné d’avoir prêché, dans sa jeunesse, la théologie de la libération…

Pour désigner leur pape, les socialistes français ont opté récemment pour un mode de désignation, qui ne doit rien au Saint-Esprit, mais tout à la désastreuse expérience du Congrès de Reims . On se souvient qu’en 2008, dans cette ville où les rois de France venaient se faire sacrer, Ségolène Royal, pourtant signataire d’une motion minoritaire, avait failli emporter le poste de première secrétaire. Il y aurait eu contradiction entre le vote sur les textes et le vote sur les personnes . C’est comme si un cardinal vénézuélien très ami avec Hugo Chavez avait élu pape par une assemblée cardinalice noyautée par l’Opus Dei.

Or, il n’est rien que les socialistes détestent autant que le culte de la personnalité. Pour empêcher le renouvellement d’un pareil embarras, le parti, dans sa sagesse, décida en 2010, d’adopter une nouvelle procédure. Seuls, les premiers signataires des deux motions ayant recueilli le plus grand nombre de suffrages devant les militants peuvent dorénavant se présenter. Quitte à ce que le premier signataire de la motion arrivée deuxième puisse trouver des alliés parmi les motions arrivées derrière et devenir ainsi majoritaire et donc premier secrétaire. Sinon, c’est le premier signataire de la motion arrivant en tête qui devient premier secrétaire du parti.

Mais Martine Aubry, décidée à choisir elle-même son successeur – ce que les papes essaient aussi de faire en nommant cardinaux des gens qui partagent leurs idées – a récemment déposé un texte, qu’elle a fait co-signer par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Du coup, le choix du premier secrétaire ne pouvait plus intervenir que parmi les soutiens de la motion officielle .

L’ennui, c’est que, contrairement à ce qui se passe ordinairement en Corée du Nord, les candidats au poste de premier signataire de la motion promise à la majorité étaient deux : Jean-Christophe Cambadélis , soutenu notoirement par Martine Aubry et par Jean-Marc Ayrault, ainsi que par Laurent Fabius et Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, d’un côté et de l’autre, Harlem Désir , soutenu par le noyau dur des hollandais, dont un quarteron de ministres tentés, dans l’avenir par la présidence de la République : Manuel Valls, Pierre Moscovici, Vincent Peillon, Delphine Batho et Stéphane Le Foll. Comme on sait maintenant, c’est le président de la République qui a finalement tranché en faveur de Harlem Désir. Mais il a donc dû prendre position contre le candidat de son premier ministre.

Vous me direz que cela a donné au moins du grain à moudre aux journalistes spécialisés. Ils ont pu un moment s’abstraire de la guerre des chefs à l’UMP, dont les responsables les harcèlent au téléphone, depuis qu’ils ont cessé d’être absorbés par leurs tâches ministérielles.

Plus sérieusement, Gérard Grumberg , vous soutenez la thèse que la droite vote pour des personnalités, la gauche sur des orientations politiques. Dans le cas présent, c’est une thèse difficile à défendre. On voit un peu où passe le clivage entre Fillon, le gaulliste social et Coppé, la droite sans complexe. Mais alors entre Désir et Cambadélis, les nuances idéologiques ne sont guère perceptibles au non-initié…

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